DOSSIER : Quelle Belgique sous Van Bommel ?

10 juillet 2026 : nos Diables Rouges sont éliminés de la Coupe du Monde par une Espagne parfaitement rodée. La défaite est difficile à avaler : la Belgique est sans doute la nation qui aura le plus mis en difficulté le futur champion, et le parcours qui a précédé ce match restera pour longtemps gravé dans l’esprit de nombreux supporters.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. La structure de la fédération a évolué, et le choix de ne pas prolonger Rudi Garcia a fait débat. Aujourd’hui, Mark Van Bommel doit incarner le renouveau de notre équipe nationale, qui commence dès ce vendredi par la première trêve internationale de son mandat.
Alors, qu’attendre de la Belgique sous l’égide du néerlandais ? Peut-il faire mieux que ses prédécesseurs, mais surtout : comment ?
Le choix du coach
Milieu de terrain rugueux mais reconnu dans les années 2000 et 2010, Mark Van Bommel s’est rapidement reconverti dans un parcours d’entraîneur. D’abord adjoint au sein de l’équipe nationale australienne, il prend ensuite la tête de trois clubs avec plus ou moins de réussite. Malgré un manque d’expérience clair, le PSV lui fait confiance pour la saison 2018-2019, avant que son aventure du côté de Wolfsburg ne tourne rapidement au vinaigre. Remercié au bout d’une dizaine de matchs seulement, il rebondit en prenant la tête de l’Antwerp, où il connaîtra ses premiers succès.
Champion et vainqueur de la coupe en 2023, il restera celui qui est parvenu à remettre le club au sommet du football belge, s’inscrivant par la même durablement dans l’esprit des suiveurs de notre championnat comme un meneur d’hommes efficace, au plan de jeu clair.
Adepte du 4-3-3, l’ancien joueur de Barcelone prône une idée dynamique du jeu. Si le système prévaut, il laisse une place importante à l’expression des qualités individuelles de ses joueurs. Les replis défensifs revêtent une importance capitale, tout comme la prise de la profondeur permise par les mouvements collectifs à même d’ouvrir un espace.
Au-delà des considérations communautaires en place dans notre pays, le choix de Van Bommel repose donc sur la connaissance qu’il possède des rouages du football belge, qu’il a dominé par le jeu.

Vainqueur de la Ligue des Champions et finaliste de Coupe du Monde comme joueur, son arrivée tranche également avec les précédents sélectionneurs sur le plan de l’expérience des grandes compétitions. Respecté partout en Europe pour sa carrière, il sait comment parler à de grands joueurs, et gérer la pression d’une échéance importante.
Nommé à la tête des Diables le 24 juillet dernier, il a bénéficié d’un temps certain pour identifier les profils qu’il souhaitait tester au cours des prochaines rencontres, en espérant que son groupe assimile rapidement ses principes tactiques.
Quelle hiérarchie chez les gardiens ?
En l’absence de Thibaut Courtois, Van Bommel s’est entouré de quatre gardiens pour les échéances à venir. Si le cas du joueur du Real fait toujours débat, il permettra au moins d’offrir une opportunité aux jeunes portiers dont notre pays dispose.
Senne Lammens devrait partir titulaire. Pointé comme principal responsable de la défaite face à l’Espagne, il aura l’occasion de se racheter auprès des supporters. Après une saison très réussie du côté de Manchester United, son erreur d’appréciation reste malheureusement la seule image dont beaucoup disposent encore pour le juger, sans prendre en compte le contexte de pression maximale qui pesait sur ses épaules à ce moment-là.
Moins en réussite – à l’image de son équipe – en ce début de saison et auteur d’une nouvelle bourde contre Fulham, ce rassemblement permettra de mesurer la force mentale dont dispose l’ancien d’Antwerp. La pression du résultat sera moindre, mais reste à savoir si Lammens lui-même saura se détacher du passé, pour construire le futur sous de meilleures hospices en enfilant la tunique des Diables.
Il ne devrait cependant pas être le seul à se placer entre les perches. Avec 28 joueurs sélectionnés, Mark Van Bommel a assuré que le temps de jeu serait distribué. Malgré un poste particulier et des adversaires solides, il serait donc possible de voir les quatre gardiens obtenir du temps de jeu, bien que leurs situations diffèrent.

Mike Penders, de retour à Chelsea après un prêt très réussi à Strasbourg, pourrait être le concurrent principal de Lammens pour le poste de numéro un dans les prochaines années. Barré par l’arrivée d’Emiliano Martinez en fin de mercato, de bonnes performances en équipe nationale auraient le potentiel de rebattre les cartes au sein d’une équipe friable défensivement.
Maarten Vandevoordt, présent à la Coupe du Monde comme gardien d’entraînement, est quant à lui plus référencé bien qu’il n’ait pas – jusqu’ici – atteint le potentiel entrevu en début de carrière. Joueur de Leipzig depuis 2024, il ne s’est jamais réellement imposé comme titulaire, mais reste une option sur laquelle Van Bommel pourrait souhaiter garder un œil.
Jari De Busser est l’un des petits nouveaux de cette sélection, et une surprise pour beaucoup. Interrogé à son sujet en conférence de presse, Mark Van Bommel a déclaré s’être appuyé sur ses performances du début de saison. Notre compatriote s’est détaché comme l’un des meilleurs gardiens d’Eredivisie la saison dernière, ce qui lui a valu un beau transfert vers l’AZ, où il a poussé sur le banc le jeune Owusu-Oduro, pourtant titulaire au cours des deux derniers exercices.
Le rôle des anciens
En convoquant un noyau de 28 joueurs, Mark Van Bommel a sensiblement rajeuni son groupe, pour une moyenne d’âge inférieure d’un an aux trois dernières listes de Rudi Garcia.
Notons que la retraite internationale d’Axel Witsel et la non-convocation de Thomas Meunier pèsent dans la balance. Le joueur de Sunderland pourrait être appelé à nouveau à l’avenir, et souhaite prouver à l’entraîneur qu’il s’est trompé.
En attendant, plusieurs profils en développement ont été appelés, certains même pour la première fois à l’image de Kyriani Sabbe. Si ceux qui y voient une volonté claire d’entamer une cure de jouvence possèdent une réponse partielle, le constat reste à nuancer.
Plusieurs cadres du vestiaire pourraient garder une place importante dans le système de l’entraîneur néerlandais, qui semble apprécier ce type de profils – à l’instar de ce qu’il a démontré du côté d’Anvers il y a trois saisons.
Brandon Mechele pourrait en être un exemple dans les premiers temps de l’ère Van Bommel. Son association au jeune Nathan Ngoy a démontré sa pertinence il y a quelques mois, et il devrait à nouveau récolter du temps de jeu.
Tout comme Kevin De Bruyne, qui a rencontré le sélectionneur à Naples pour discuter de la suite de son aventure. L’ancien capitaine s’est montré d’une grande humilité dans les médias et devrait accepter un rôle moindre, du moins sur le terrain. Celui qui fut un temps le meilleur milieu du monde semble conscient de l’importance qu’il incarne pour le vestiaire, d’autant plus aux côtés de jeunes joueurs qui souhaiteront s’en inspirer.

Romelu Lukaku est peut-être le mieux placé pour l’instant. Aux questions à son sujet durant la conférence de presse, Van Bommel s’est montré positif quant au rôle qu’il souhaitait offrir au buteur de Fenerbahçe. Malgré un temps de jeu réduit depuis son arrivée en Turquie, il possède selon le nouvel entraîneur « un profil unique », parlant de la possibilité pour lui de « redevenir un titulaire ». Dans la hiérarchie des attaquants, Big Rom pourrait donc une nouvelle fois redevenir le buteur attitré des Diables, à moins que l’un de ses trois concurrents actuels ne se montre plus convaincant. Charles De Ketelaere, malgré les critiques qui lui étaient adressées en début de tournoi, a marqué l’esprit des belges en marquant l’unique but contre l’Espagne notamment, et mérite sans doute une seconde chance.
Tout dépendra des choix opérés tactiquement sur le front de l’attaque, Van Bommel disposant d’une belle variété de profils tant sur les ailes qu’en pointe.
Quelle animation devant ?
Le front de l’attaque est sans doute la zone comportant le plus d’incertitudes à l’heure actuelle. Inévitablement lié à l’animation préférée dans l’entre-jeu, le choix des hommes de base et les adaptations réalisées en cours de rencontre seront à observer.
Sur les côtés, Diego Moreira et Mika Godts semblent posséder les profils les plus adéquats pour répondre au besoin de profondeur du système de Van Bommel. Tous deux transférés pour plus de 50 millions cet été, leur moment est sans doute venu de se voir attribuer un rôle plus important en équipe nationale. Très polyvalent, Moreira pourrait être décalé sur le côté droit pour laisser Godts dans sa position préférentielle. Dans cette configuration, le tranchant des côtés devra servir un attaquant de fixation, comme Lukaku ou Charles De Ketelaere dans un autre registre.
Blessé, Léandro Trossard a tout de même fait le voyage avec nos Diables, et pourrait représenter une option différente, plus complète et expérimentée, pour fixer et libérer l’espace à Dodi Lukébakio par exemple.
En pointe, Openda et Fernandez-Pardo semblent partir de plus loin dans la hiérarchie, mais devraient tous deux hériter de quelques entrées. Le joueur de Lyon s’est bien relancé depuis son retour en France, tandis que l’ancien lillois cherche ses marques à Newcastle, et ils offriront certainement des options d’adaptation. La capacité d’Openda à prendre la profondeur, ainsi que la polyvalence et la qualité de contre-pressing de Fernandez-Pardo, seront des armes dont Mark Van Bommel devra apprendre à se servir.
Le rôle des latéraux
Bien que les noms alignés puissent être amenés à changer selon l’adversaire, cette première trêve servira surtout à inculquer au groupe sélectionné les premières idées tactiques nécessaires au bon fonctionnement du système.
Dans cette optique, les latéraux devraient jouer un rôle prépondérant. En phase de construction, Mark Van Bommel adapte son approche dans une forme de 3-4-3, où le milieu placé devant la dernière ligne décroche pour former un losange, permettant une assise solide et la mise en place de circuits de possession destinés à ouvrir un espace vers l’avant.
Plus haut sur le terrain, les milieux sont rejoints par un latéral, préservant la structure mais servant aussi à accaparer l’attention adverse sur l’axe et laisser le couloir libre aux déplacements des ailiers.

Pour occuper ce rôle précis, Van Bommel s’est entouré de joueurs dotés de qualités offensives et d’une vision de jeu large. À gauche, Joaquin Seys devrait rapidement devenir un concurrent sérieux à Maxim De Cuyper. Le joueur de Brighton est vu comme un défenseur plutôt qu’un ailier – poste qu’il occupe en club – et il semble posséder les qualités nécessaires à ces consignes. À droite, Kyriani Sabbe offre une solution complémentaire au profil plus défensif de Castagne, qui devrait avoir pour directive de rester derrière en phase de construction, tandis que son coéquipier du côté gauche monte pour ajouter cette densité nécessaire au milieu.
Au-delà de cette phase de jeu précise, les latéraux auront également un rôle évident à jouer dans la prise de profondeur. Notre équipe nationale peut se targuer de posséder plusieurs profils à la capacité de centre supérieure, qui sera utile en dédoublement. La complémentarité avec l’ailier positionné devant eux sera l’un des chantiers prioritaires dans ce sens, dans un système tactique où l’intensité prévaut.
Quelle Belgique sous Van Bommel ?
Ce large dossier ne reprend bien entendu qu’une partie des questionnements induits par la nomination de Mark Van Bommel comme sélectionneur des Diables Rouges.
Si seul le terrain reste juge de la réussite d’un projet, il est en tout cas attendu du néerlandais qu’il donne un souffle nouveau à notre équipe nationale. Sa liste a commencé à nous offrir de premières indications : un groupe plus jeune, des cadres à la place réfléchie, une animation à trouver, mais surtout un plan de jeu clair.
Sans trancher du tout au tout avec le passé, Van Bommel semble avoir commencé à s’approprier cette équipe. Face à trois adversaires relevés, il sera important de garder à l’esprit le renouveau du projet, sans céder aux conclusions faciles trop rapidement.
