Milan AC : le renouveau sous Amorim ?

Comment retrouver le grand Milan ? Entité historique du football européen, deuxième meilleur palmarès en Ligue des Champions, le club peine cependant depuis de nombreuses saisons à retrouver les sommets.
Le tournant des années 2020 avait pourtant souri aux pensionnaires de San Siro, avec ce Scudetto remporté en 2022, et une demi-finale de C1 atteinte l’année suivante. Mais depuis la fin de l’ère Pioli, les projets sportifs se sont succédés, plusieurs noms reconnus ont tenté leur chance, mais personne n’est parvenu à faire triompher à nouveau le Milan AC.
Après deux saisons difficiles, qui ont vu le club échouer à retrouver la plus grande des compétitions européennes, le nouvel organigramme milanais a opté cet été pour une stratégie à long-terme.
Focus sur le projet institutionnel et sportif rossonero, à une semaine de la reprise de la Serie A.
Chamboulement dans les bureaux
À la suite de l’échec cuisant d’Allegri il y a quelques mois, un grand nettoyage s’est rapidement opéré au cœur des instances milanaises.
La porte de sortie a notamment été indiquée à l’entraîneur italien, mais aussi au reste de l’organigramme sportif. Exit directeur sportif et technique, place à une nouvelle organisation, mise en œuvre directement par Gerry Cardinale, propriétaire du groupe RedBird et donc du Milan.

Investisseur du côté de Liverpool des années durant, l’homme d’affaires italo-américain revendique désormais une structure proche de celle du club anglais, sans véritablement de directeur sportif ou technique désigné.
Hendrik Almstadt et Bobby Gardiner, dans leur rôle de « Director of player trading » et « director of football intelligence », occupent cependant une place importante dans les décisions prises sur le volet sportif, bien qu’une grande marge de manœuvre soit accordée au nouveau venu Ruben Amorim pour constituer son équipe.
Cette évolution dans la structure milanaise n’a pas tardé à récolter de vives critiques de la part des tabloïds italiens, qui défendent l’idée que celle-ci ne s’est pas opérée par choix, mais plutôt en raison des refus de plusieurs pistes prioritaires aux postes importants de la direction. La presse transalpine pointe également un manque clair de personnes liées au terrain, laissant Amorim seul maître à bord.
Le choix de l’entraîneur portugais a d’ailleurs fait débat, sa cote de popularité n’ayant pas remonté depuis l’échec de son passage à Manchester United. D’autres pistes avaient été sondées, comme Rangnick, Pochettino ou Iraola, mais les refus successifs ont vu la direction rappeler l’ancien manager du Sporting.
Amorim : un choix judicieux ?
Présenté comme un choix motivé par la volonté de construire sur le long-terme, Ruben Amorim semble jouir d’une grande confiance de la part des instances dirigeantes. Au fait de son besoin de contrôler tout ce qui entoure son effectif, celles-ci lui ont accordé une place de choix dans le mercato d’été, afin de ne pas reproduire ce qui a – selon le portugais lui-même – créé les conditions de son échec anglais.
De ses débuts tonitruant du côté de Braga à aujourd’hui, Amorim n’a juré que par un système, une idée de jeu savamment travaillée qui lui a valu d’être scruté par toute l’Europe il y a deux saisons de cela, lorsqu’il entraînait le Sporting Portugal.
Son 3-4-2-1, 3-4-3 selon les configurations, l’a accompagné dans chaque club fréquenté jusqu’ici, avec plus ou moins de réussite.

Si ce système peut se montrer très efficace, il demande du temps pour être mis en place de manière idéale. Pointilleux, Amorim a besoin de joueurs au profil spécifique pour coller à son schéma, ce qui peut contrarier certains egos, ou aller à l’encontre de la direction que souhaite donner le club qui l’emploie.
Manchester United, son plus grand échec jusqu’ici, en est le parfait exemple. Malgré l’absence de joueurs réellement taillés pour, il n’a jamais dérogé à son plan, et a récolté les foudres de la presse et des fans. Certains choix ont accompagné cette désillusion, telle que son entêtement à placer Bruno Fernandes dans le double-pivot, ou l’absence totale de considération accordée à Kobbie Mainoo, l’un des plus grands espoirs des Red Devils. Le refus d’Amorim de faire évoluer ses idées lui a coûté son poste, mais également une bonne partie de sa réputation.
Pourtant, Milan a souhaité lui accorder sa confiance. Les dirigeants l’ont assuré : Amorim bénéficiera de temps, peu importe les premiers résultats.
Un facteur rassurant pour la trajectoire du projet sous son impulsion, d’autant qu’il s’est à ce jour accompagné d’un recrutement taillé pour le football qu’il souhaite mettre en œuvre.
Modeler son équipe
Si le projet milanais attire l’attention aujourd’hui, c’est en grande partie en raison des sommes dépensées sur cette fenêtre de mercato, sans l’argent de la Ligue des Champions.
Le club a frappé fort dès la fin du mois de juin en validant l’arrivée de Gonçalo Ramos pour près de 75 millions, somme colossale pour un remplaçant au PSG, avant de boucler dix jours plus tard la signature de Mario Gila, défenseur central de la Lazio, pour une trentaine supplémentaires.
Si ces sommes semblent élevées, elles correspondent selon les dirigeants milanais aux nouveaux standards du marché, leur épargnant par la même occasion de longues batailles et surenchères. C’est notamment le cas sur le dossier Diego Moreira, recruté à prix d’or pour s’épargner la concurrence d’autres écuries avançant de manière plus prudente.
Ces trois joueurs, les seules arrivées d’envergure pour le moment, correspondent aussi parfaitement au plan de jeu souhaité par Ruben Amorim.
Dans sa défense à trois, il apprécie pouvoir compter sur un défenseur à même de couvrir les grands espaces laissés dans le dos de son bloc, positionné très haut en phase de construction.
Mario Gila possède ces qualités, mais également une grande aisance balle au pied, utile à Amorim dans les phases de construction depuis l’arrière. Doté d’une vraie qualité de passe, il amènera à Milan un profil complémentaire à celui de Pavlovic pour stabiliser la ligne arrière.

Diego Moreira est quant à lui tout indiqué pour devenir le piston gauche titulaire du club cette saison. Son explosivité, sa capacité à répéter les efforts ainsi que sa polyvalence en faisait une cible de choix, qu’Amorim aura le loisir de polir, le jeune belge n’ayant pas encore fêté ses 23 ans. Le portugais a prouvé tout au long de son passage au Sporting sa capacité à faire passer un palier aux joueurs correspondant à son système, et Diego Moreira pourrait bien être le prochain. Il devra se mesurer à la concurrence de Davide Bartesaghi, mais le jeune italien n’a jamais pleinement convaincu dans un rôle de piston, et devrait être repositionné.

Devant, Gonçalo Ramos n’a pas été recruté sans raison. La pointe du 3-4-2-1 se doit d’être occupée par un profil bien précis, savant mélange de qualités physiques et techniques. Au Sporting, Viktor Gyokeres a explosé sur le tard en appliquant ces consignes, mais Ruben Amorim n’a pas retrouvé son équivalent en Hojlund ou Sesko en Angleterre.
Relégué à un rôle de remplaçant au Paris Saint-Germain, il ne collait pas tout à fait au style de jeu de Luis Enrique mais possède bien des traits nécessaires à celui de son nouveau manager. Tueur devant le but, il ne refuse que rarement le contact avec le défenseur, et sait tenir un ballon en attendant le soutien de joueurs lancés. Autant de raisons qui justifient l’investissement consenti sur celui amené à devenir le numéro neuf de référence de ce Milan AC, qui ne sera concurrencé que par le jeune Camarda, le club souhaitant se séparer de Santiago Gimenez.
Au-delà de ces trois profils savamment étudiés pour répondre au besoin du nouvel homme fort de la maison milanaise, un collectif reste à construire. Des bases intéressantes ont déjà pu être tentées lors des rencontres de pré-saison, que cette première saison d’un nouveau cycle permettra sans doute d’affiner.
Mais avec 150 millions investis, Milan doit désormais dégraisser un effectif bien trop large pour entrer dans les clous du fair-play financier.
Quel groupe final ?
Les derniers jours du mercato seront agités à San Siro dans le sens des départs, Ruben Amorim ayant déjà indiqué les joueurs sur lesquels il ne comptait pas cette saison.
Derrière, Fikayo Tomori ne bénéficie pas de sa confiance, et devrait être remplacé, à moins que les solutions De Winter et Gabbia ne soient jugées suffisantes.
Youssouf Fofana a hérité du même sort, de même que Christopher Nkunku. Les deux français ne possèdent pas un profil à même de s’adapter au nouveau système de jeu, et devraient quitter le club prochainement.
Samuele Ricci, recruté l’été passé, devra quant à lui batailler pour entrer dans les plans au milieu de terrain, où les solutions préférentielles se nomment Adrien Rabiot et Luka Modric, suppléés par Ardon Jashari et Yunus Musah.
Devant, le cas Rafael Leao pose de nombreuses questions. S’il n’est pas encore devenu indésirable, son statut a fortement diminué. Milan ne fera pas grimper les enchères pour le portugais, qui n’a pas profité de l’exposition de la Coupe du Monde pour redorer son image.
S’il venait à rester, il ne bénéficierait plus d’une place de titulaire assuré. Les joueurs positionnés sous l’avant-centre occupent en effet une place centrale dans la forte pression offensive exercée par les équipes d’Amorim, et son comportement n’a pas démontré une grande implication ces dernières saisons. Christian Pulisic pourrait par contre s’y épanouir, son activité et sa polyvalence ayant de quoi servir le collectif autour de lui.

Dans une Serie A chamboulée par le marché des entraîneurs cet été, la hiérarchie pourrait évoluer. Si l’Inter semble encore avoir une marge d’avance sur la concurrence, la Juventus et le Milan montrent de belles intentions via leurs mercatos respectifs, et l’équipe d’Amorim possède un matériel suffisant pour tenter de regagner le top 4. Pour la première année de son projet, l’objectif sera surtout de mettre en place un schéma de jeu cohérent, auquel ses joueurs n’auront d’autre choix que de s’adapter. Ceux qui y parviendront pourraient faire partie de la reconstruction, les autres devront se trouver un autre employeur.
Sans Ligue des Champions à disputer, dans un championnat ouvert, Ruben Amorim a l’occasion de relancer sa carrière et redorer son image au sein de l’un des clubs les plus prestigieux du monde.
La Premier League s’était montrée impitoyable, peut-être connaîtra-t-il plus de succès dans la Botte, où tout semble réuni pour le voir réussir – mais où les tabloïds ne sont pas moins critiques une fois la défaite venue.
