Comment la Belgique a battu l’Italie

Depuis l’annonce de la liste de Mark Van Bommel le 18 septembre dernier, le public belge attendait de constater de ses yeux le changement opéré depuis l’arrivée du néerlandais. Face à une équipe d’Italie elle-même emmenée par un nouveau sélectionneur, les premiers constats se sont avérés très positifs et encourageants pour la suite.
Décryptage des enseignements laissés par cette victoire en terres italiennes.
Intensité
Dans un stade olympique de Rome qui attendait de pied ferme sa Nazionale, la Belgique a rapidement imposé son rythme aux joueurs de Roberto Mancini.
À la recherche dès l’entame de projections tranchantes et de combinaisons rapides, le bloc rouge s’est installé dans la moitié adverse grâce à un contre-pressing particulièrement efficace à la perte.
Le soutien des joueurs venus de la seconde ligne, couplé aux décrochages de Charles De Ketelaere, ont bien souvent permis aux Diables de maintenir leur pression sur l’arrière-ligne italienne, qui a fini par craquer à la vingtième minute de jeu.
Les combinaisons permises par le dépassement de fonction de Youri Tielemans dans le demi-espace gauche ont démontré leur efficacité, notre capitaine agissant en point d’appui avancé permettant aux appels croisés réalisés par Godts et De Cuyper sur certaines situations d’aboutir.
Le rôle très libre de Kevin De Bruyne dans l’entrejeu a également permis de déstabiliser le bloc adverse, le milieu du Napoli trouvant la passe parfaite à de nombreuses reprises pour casser la dernière ligne.
Mark Van Bommel nous avait parlé toute la semaine d’intensité dans le jeu, et de système reconnaissable : il a tenu parole hier.
Adaptation
Pour aller chercher le break qu’ils n’étaient pas parvenu à inscrire en première mi-temps, le nouvel entraîneur des Diables a su aller puiser sur son banc le facteur qui ferait basculer la rencontre en leur faveur, en la personne de Dodi Lukebakio.
Entré pour cette spéciale si reconnaissable désormais, l’ailier de Benfica a parfaitement géré la situation de contre qui s’est offerte à lui, en utilisant les différents appels de ses coéquipiers pour s’ouvrir une fenêtre de frappe, et permettre à la Belgique de valider sa très belle prestation collective.

Au-delà de l’impact direct de ce changement, les prémices de la gestion de groupe ont semblé saines : l’entrée en toute fin de rencontre de Pardo sur le côté gauche, ou le remplacement de De Bruyne par Vanaken, sont autant d’adaptations tactiques possibles et correspondant à de nouvelles façons de faire mal à l’adversaire.
Plus bas sur le terrain, Van Bommel avait renouvelé sa confiance en Raskin, signe qu’il ne souhaite pas balayer toutes les idées implémentées par Garcia. Le milieu des Rangers a livré une prestation très correcte, agissant en garant de l’équilibre pour couvrir les soutiens de ses coéquipiers à la ligne d’attaque. Suppléé par Romeo Lavia à quelques minutes de la fin, la capacité du joueur de Chelsea à assurer ce rôle sera intéressante à observer au cours des prochaines rencontres.
Avec ce premier match, la Belgique a démontré son adaptation face aux événements. Dominée par une Italie revenue des vestiaires avec de nouvelles intentions, elle a su faire le dos rond et piquer au bon moment, malgré quelques réelles frayeurs derrière.
Une défense à travailler
On se posait la question de la force mentale nécessaire à Senne Lammens pour surpasser l’image qu’il avait laissé aux supporters belges face à l’Espagne, et leur démontrer sa capacité à endosser le rôle de numéro 1 : le gardien de Manchester United a fait hier soir un grand pas dans la bonne direction.
Auteur de six arrêts dont quatre en seconde période, il a permis à nos Diables de maintenir la tête hors de l’eau sur certaines séquences, comblant efficacement les approximations offertes par notre défense aux offensives italiennes.
Maxim De Cuyper s’est notamment montré en difficulté dans la protection de l’espace laissé dans son dos, mettant régulièrement en difficulté ses coéquipiers de l’axe central. Si Lammens a permis d’éviter le pire, la gestion des temps faibles sera un axe prioritaire de travail en vue des prochaines échéances.
L’Italie dépassée
En face, l’Italie a souffert d’entrée face au plan de jeu imposé par nos Diables.
Derrière, le manque de repères collectifs a payé, la meilleure démonstration étant les deux tacles inutiles des centraux, déjà battus par le déplacement de Mika Godts sur l’ouverture du score. Donnarumma a dû s’employer pour maintenir l’écart d’un seul but à la pause, le manque d’automatismes étant clair, le collectif déstructuré.

Si l’idée d’incorporer Calafiori une ligne plus haut pour amener de l’intensité mérite d’être travaillée, elle rapidement été annihilée par l’activité belge au milieu, la réussite approximative des combinaisons n’aidant pas à opérer des projections efficaces.
Dans ce domaine, Nathan Ngoy a imposé sa loi aux attaquants adverses en début de partie, ses sorties hautes dans les pieds obligeant une Italie à court d’idées à remiser derrière pour ne pas perdre le ballon.
La mi-temps a profité aux hommes de Mancini, qui ont pris bien plus agressivement le bloc belge pour l’acculer devant son rectangle, mais ils se sont fait punir au pire moment par la ‘spéciale Lukébakio’.
Une défaite amère mais formatrice pour la Squadra Azzura.
Quels enseignements ?
Côté belge, cette victoire d’entrée aura de quoi ravir les supporters, au vu du niveau de jeu affiché sur certaines séquences, permis par l’éclosion d’une nouvelle génération qui n’attendait que son tour pour entrer en scène. Mark Van Bommel semble ainsi faire le pont entre anciens utilisés dans un rôle fonctionnel pour l’équipe, et jeunes à qui passer la relève.
Il sera intéressant de constater les prochaines expérimentations faites à ce niveau, notamment au poste de latéral, mais aussi à plus long-terme, une fois que les titulaires habituels tels que Doku ou Trossard seront de retour.

Cependant, de grandes lacunes défensives tendent à nuancer cet enthousiasme naissant, et le prochain défi de cette équipe sera de trouver une formule plus fonctionnelle pour les prochaines échéances.
Rappelons le contexte : Mancini ne pouvait que très peu anticiper le système belge hier soir, et tentait également une première expérimentation du sien. À ce petit jeu, avantage Belgique pour l’instant, mais attention à l’épreuve des prochains adversaires.
