RC Lens : à la croisée des chemins

À l’aube de la saison 2026-2027, le RC Lens est à la croisée des chemins. Vainqueur de la Coupe de France, dauphin du PSG en Ligue 1, le club du Nord sort de l’une des plus belles années de son histoire, mais une nouvelle page vierge s’offre à lui.
Pierre Sage, principal artisan de cette épopée, s’en est allé au bout d’un an seulement, mais les instances dirigeantes semblent avoir pris la bonne direction sur ce mercato d’été, pour la deuxième année d’un projet pensé pour durer.
À quelques heures du Trophée des Champions, analyse de ce RC Lens renouvelé, et de ses ambitions pour le prochain exercice.
Objectif continuité
Pour prendre le relais de l’ancien entraîneur de Lyon, les têtes pensantes du club ont choisi un profil savamment étudié, en la personne de Dino Toppmöller. L’Allemand, qui parle couramment français, a fait ses classes en tant qu’adjoint de Julian Nagelsmann à Leipzig puis au Bayern, avant de transformer Francfort en quelques saisons seulement.
Adepte habituel du 4-2-3-1, il a su faire évoluer sa pratique pour répondre à l’ADN de l’Eintracht en mettant en place une défense à trois cohérente, évolutive en fonction des temps de la rencontre. Il devra reproduire cette adaptation dans le Nord, où une importance particulière est accordée à la continuité du projet de jeu.
Sa vision tactique est forcément inspirée de celle de l’ancien sélectionneur allemand, bien que le principal intéressé la définisse comme plus pragmatique. S’il aime avoir le ballon, son objectif reste la création d’espaces et la progression rapide vers le but adverse. En phase de construction basse, il n’hésite pas à utiliser de longs ballons vers ses joueurs à l’aise dans le jeu de déviation, mais compte surtout sur des défenseurs progressifs, à même de casser la première ligne de pression par la passe ou la portée. Sa ligne arrière de trois joueurs est primordiale à son système, bien qu’elle puisse devenir l’une de ses plus grandes faiblesses si le ballon est perdu.

Offensivement, Toppmöller cherche à asphyxier ses adversaires en maximisant la présence du bloc sur une zone précise, permettant ainsi de nombreux dédoublements et appels vers la surface. À la perte, si son pressing haut est battu, le collectif se replace en 4-2-3-1 plus classique, voire en 4-3-3 privilégiant l’équilibre et l’assise défensive.
Un autre argument pesant fortement en sa faveur est bien entendu sa capacité à développer et faire progresser les jeunes joueurs. À Francfort, il est notamment derrière les saisons d’éclosion totale de Randal Kolo Muani, Hugo Ekitike, ou encore Omar Marmoush, permettant à son club de réaliser chaque été de belles bascules financières et ainsi s’installer durablement dans le haut de tableau.
Car Dino Toppmöller n’a pas le profil d’un coach de remplacement. Il s’inscrit dans la durée au sein de chaque projet côtoyé, et aime récolter les fruits de son travail. Si son histoire à l’Eintracht s’est mal terminée, il a su regarder ses responsabilités en face, et patienter jusqu’à retrouver une ambiance de travail ambitieuse, en accord avec sa vision du football et ses valeurs.
Un collectif à reconstruire
Le mariage entre le RC Lens et son nouvel entraîneur a donc de quoi rassurer le public, mais là n’était pas le seul chantier prioritaire des dirigeants Sang et Or.
Comme dans chaque club réalisant une saison d’anthologie, les sollicitations n’ont tardé à arriver autour des meilleurs éléments.
Pour parvenir à son niveau de la saison dernière, le club n’a pas seulement misé sur le terrain. Dans l’objectif de concerner chacun des joueurs, l’ancrage local occupe une place de choix. Bien qu’ils ne soient pas originaires de la région, certains cadres véhiculaient au groupe les valeurs de l’institution lensoise ces dernières saisons, mais une page semble s’être tournée là aussi.

Adrien Thomasson, qui ressortait parmi les meilleurs milieux de Ligue 1 la saison dernière, était l’un d’entre eux. Leader de vestiaire comme de pelouse, il incarnait une part importante du cœur du projet, mais s’est envolé pour Rennes librement. Jonathan Gradit, toujours au club, peut porter cet héritage, mais il n’a pas foulé la pelouse depuis octobre dernier. Florian Sotoca reste quant à lui un membre éminent de la famille lensoise, mais apparaît désormais très bas dans la hiérarchie offensive potentielle de l’effectif.
De nouveaux joueurs devront désormais prendre la relève, à l’image des expérimentés Florian Thauvin ou Matthieu Udol, mais aussi pourquoi pas Robin Risser, meilleur gardien de Ligue 1 et présent à la Coupe du Monde, ou Ismaëlo Ganiou.
Prolongé jusqu’en 2030 grâce aux sommes engrangées sur d’autres ventes, l’international espoir français doit désormais confirmer sa très belle première saison en devenant le patron de la défense lensoise, où les certitudes sont maigres. Samson Baidoo, autre grand espoir du club au poste, n’est pas parvenu à enchaîner et démarre cette nouvelle saison blessé. Kyllian Antonio, révélé lui aussi par Pierre Sage l’an passé, devrait le suppléer, tandis que la recrue Maik Nawrocki sera mise à l’essai. Droitier, il évoluait la saison passée défenseur central gauche dans la ligne de trois d’Hannovre où il était prêté. Dur sur l’homme, il ne manque pas de justesse technique à la relance, et viendra renforcer un secteur où la hiérarchie reste à déterminer.
Au milieu, si la vente record de Sangaré a permis au club de renflouer rapidement ses caisses pour avancer sur les pistes prioritaires, elle s’est conjuguée au départ déjà acté de Thomasson, laissant Lens orphelin de la plus grande force de son effectif. Pour prendre la relève, Andrija Bulatovic semble prêt. Formidable milieu de projection, le monténégrin aura cette saison le champ libre pour se montrer aux yeux de l’Europe. À 19 ans, il est déjà un des joueurs qui comptent dans cette équipe, dont il devrait devenir le leader technique.

Pour l’accompagner, Lens a parfaitement travaillé en allant chercher Yacine Titraoui, qui se distinguait comme l’un des tous meilleurs milieux du championnat belge du côté de Charleroi. Joueur naturellement attiré par le jeu vertical, il s’épanouit dans les combinaisons et le jeu d’association, tout en bénéficiant d’un bagage physique plus que respectable, avec et sans ballon. Michaël Cuisance aura également une carte à jouer, pour son retour dans le championnat de France, notamment en raison de son profil gaucher, complémentaire des deux autres en fonction des besoins collectifs.
Sur le côté gauche, Michal Skoras n’illuminera sans doute pas de son talent les pelouses de Ligue 1 chaque week-end, mais apporte un profil complémentaire à celui de Matthieu Udol. À droite, Saud Abdelhamid devrait démarrer titulaire devant Ruben Aguilar, bien que leur apport puisse là aussi être utile selon les séquences.
Devant, Lens a le potentiel de devenir l’une des attaques les plus emballantes du championnat. Le taulier Florian Thauvin sera accompagné par l’expérience de Thorgan Hazard, arrivé libre d’Anderlecht et formé au club, tandis que les jeunes pousseront pour s’imposer. Abdallah Sima a démontré de réelles qualités et devra confirmer, tout comme Rayan Fofana au poste d’avant-centre.
Si Thauvin devrait conserver sa place à droite, l’identité du milieu offensif gauche n’est pas encore connue. Il pourrait bien être Franjo Ivanovic, principal coup d’éclat du mercato du club. Avant-centre de formation, il possède en effet une forte tendance à dézoner dans le demi-espace gauche, et pourrait être très complémentaire d’Odsonne Edouard. Relancé dans le Nord la saison passée, le français devrait s’épanouir comme attaquant de fixation, le croate assurant la prise de la profondeur pour offrir différentes options au créateur Florian Thauvin et aux pistons amenant le surnombre souhaité pour Toppmöller.

L’effectif construit pour cette nouvelle saison répond donc à une logique collective, dans un objectif de continuité pour le projet installé par les instances dirigeantes il y a environ un an. Aucun coup d’éclat financier, mais des profils savamment étudiés et choisis pour répondre au besoin du nouvel entraîneur. Les joueurs déjà présents ne seront pas perdus dans un système globalement déjà connu, et pourront intégrer les nouveaux venus pour qu’ils amènent à leur tour un vent de fraîcheur bienvenu.
Quelles ambitions ?
Il y a environ un an, le RC Lens s’apprêtait à entamer ce qui allait devenir l’une des plus belles saisons de son histoire, avec les prétentions modestes grâce auxquelles ils sont longtemps restés les pieds sur terre, bien qu’elles aient largement été dépassées.
Cette année, les lensois devront évoluer sur deux tableaux. Ils souhaiteront bien figurer pour le retour de la Ligue des Champions à Bollaert, mais l’effectif devra être soigneusement préservé pour s’inscrire dans la durée dans toutes les compétitions.
L’objectif des têtes pensantes est clair : stabiliser le club, le rendre attractif pour de futurs investisseurs, en le maintenant sur la durée dans la bataille aux places européennes. La saison sera longue, mais le Racing a démontré récemment sa capacité à surperformer les attentes. En ce sens, une nouvelle qualification pour une coupe d’Europe la saison prochaine assortie d’un parcours sérieux en Ligue des Champions pourrait déjà ravir les fidèles supporters Sang et Or.
