Qu’attendre du Chelsea de Xabi Alonso ?

À l’aube d’une saison de Premier League indécise, beaucoup de grands clubs ont fait évoluer leur stratégie en changeant d’entraîneur au cours de l’été, et Chelsea n’a pas échappé à la règle. 

Souffrant d’instabilité et peinant à faire émerger une direction claire depuis maintenant plusieurs saisons, l’heure est à la reconstruction. Les dirigeants des Blues semblent avoir appris de leurs erreurs, et ont su se montrer les plus convaincants pour accueillir le très convoité Xabi Alonso. 

Alors que la moitié de ce mercato d’été 2026 est passée, tentons aujourd’hui de dégager les grandes lignes du projet de l’espagnol du côté de Stamford Bridge.

Un entraîneur réputé, au présent à construire

Joueur important de l’Espagne des années 2010 au milieu de terrain, homme de tant de campagnes mémorables passé notamment par le Real et Liverpool, Xabi Alonso semblait prédestiné à une carrière sur les bancs. Il raccroche les crampons en 2017 et est nommé à la tête des U14 du Real Madrid, avant de rejoindre son club formateur en prenant la tête de la Real Sociedad B. 

En trois ans passés au Pays Basque, Alonso affine son approche. Loin des projecteurs des plus grands championnats, sa progression est surveillée sans être scrutée, et l’espagnol bénéficie du temps et de la confiance nécessaire à la naissance de ses idées de jeu. La promotion de l’équipe réserve en 2021 le crédibilise aux yeux du football européen, avant d’être appelé l’année suivante pour le premier grand défi de sa jeune carrière. 

À son arrivée à Leverkusen en 2022, le club est à la dérive. Avant-dernier de Bundesliga, le Bayer est au bord du précipice, plaçant ses maigres espoirs en un entraîneur qui n’a jusque-là jamais dirigé en première division. 

Le pari est payant. En quelques mois, le jeune espagnol redresse la barre en stabilisant une équipe en manque de repères. Troisièmes de leur poule en Ligue des Champions, ses hommes atteignent les demi-finales de la Ligue Europa et terminent sixièmes du championnat, un signal fort en vue de la suite. 

2023-2024 marque la consécration de Xabi Alonso : éternel perdant, Leverkusen est sacré champion d’Allemagne, invaincu tout au long de la saison. Également vainqueur de la Coupe, leur première défaite intervient en finale d’Europa League, l’Atalanta les privant sèchement d’un triplé historique. 

Son système tactique, sublimé par des individualités telles que Xhaka, Grimaldo et Wirtz montre son efficacité et termine d’implanter Alonso comme un entraîneur qui compte sur la scène internationale. Cette victoire permet surtout au grand public de comprendre ce qui fonctionne dans sa manière de gérer l’effectif, entre certitudes de joueurs expérimentés et développement de jeunes promesses. 

Son passage au Real, bien que décevant, ne peut lui être entièrement imputable, tant le contexte institutionnel du début de la saison dernière a joué dans la balance. Surmené par son vestiaire, incapable de faire passer son message, la défaite dans le Classico de Supercoupe lui est fatal, Perez préférant couper court au mandat de celui qui devait incarner le renouveau de la Casa Blanca

Malgré son franc succès en Allemagne, Xabi Alonso doit donc encore prouver qu’il a les épaules pour un club de très haut niveau. Très courtisé partout en Europe, le pari de Chelsea semble avoir beaucoup de sens. Sa stratégie de recrutement agressive autour des jeunes joueurs manque d’une direction claire, et Alonso a déjà démontré sa capacité à remettre de l’ordre dans ce type de situation.

En capitalisant sur le potentiel de cette jeunesse pour l’adapter à son schéma tactique, Alonso pourrait être celui qui permettra à Chelsea de retrouver les sommets. Mais avec quel matériel réel ? 

Un projet à bâtir

Dès sa première conférence de presse, le nouvel entraîneur de Chelsea a tenu à clarifier que son arrivée n’était que le début du processus. Soulignant les bases solides déjà présentes, l’espagnol a insisté sur l’importance de créer une mentalité, part importante du chemin de retour vers la victoire. 

Son chantier prioritaire est bien sûr la reconstruction défensive. Si l’arrière-garde londonienne a souffert de la blessure de Levi Colwill en début de saison dernière, la prestation d’ensemble n’était pas suffisante. Ce dossier avait cristallisé de nombreuses tensions et mené en partie au départ de Maresca, aujourd’hui à Manchester City. La défense de Chelsea était l’une de ses plus grandes faiblesses, et Alonso compte y remédier. 

Dans l’objectif de remettre en place son système préférentiel en 3-4-2-1, des profils précis ont été ciblés, non seulement pour leurs capacités défensives mais également en raison de leur mobilité et qualité de relance. Auteur d’une Coupe du Monde très correcte, Maxence Lacroix est le premier à venir renforcer ce secteur. À 26 ans, il apportera une expérience nécessaire dans un effectif toujours aussi jeune. D’autres pourraient suivre, si le dégraissage nécessaire se passe dans les bons délais, de nombreux joueurs ayant été invités à se trouver une porte de sortie. 

Mais la reconstruction défensive ne se limite pas aux noms alignés dans le trio arrière. Au poste de gardien, Robert Sanchez n’a jamais réellement fait l’unanimité, et pourrait être bousculé par le jeune Mike Penders, très solide en prêt du côté de Strasbourg et présent cet été comme troisième gardien belge au Mondial. 

Pour solidifier le collectif, une évolution dans la manière de le construire semblait nécessaire au-delà de la politique de recrutement du club. Xabi Alonso souhaite donc se reposer sur ce qui a fait sa force en Allemagne : le juste équilibre d’expérience. Les Blues comptent en effet en leur rang certaines des plus grandes pépites mondiales, qu’il convient d’encadrer correctement. 

Reece James pourrait occuper un rôle important sous Alonso

Reece James ne peut tenir ce rôle seul, bien qu’il pourrait occuper un rôle important cette saison en raison de sa grande polyvalence. L’acquisition de Jordan Henderson et Danny Welbeck, 35 ans accomplis tous les deux, va donc dans le sens des demandes du coach. Si leur rôle sur le terrain devrait être limité, la voix de tels joueurs dans un vestiaire se doit d’être la prolongation de celle de leur entraîneur, l’aidant à créer une mentalité positive. 

La reconstruction globale de l’équipe sera à observer dans le courant du mois d’août. Au milieu, il est légitime de se poser la question de l’adaptation d’Enzo Fernandez à un double-pivot, les postes de milieux avancés étant verrouillés par Cole Palmer et Morgan Rogers. Les pistons, si chers à l’approche tactique d’Alonso, devront également être testés, les profils ne manquant pas. 

À droite, Geovany Quenda et Marco Palestra, tous deux arrivés cet été, se battront pour une place de titulaire, offrant à leur entraîneur une variété intéressante de profils. À gauche, Hato pourrait occuper un rôle plus important que l’an passé, assurant l’équilibre par son naturel plus défensif.

Sensation au Sporting, Quenda peut-il s’imposer à droite ?

Devant, les places se mériteront plus qu’ailleurs encore. Jamie Gittens et Pedro Neto devront prouver leur valeur. Estevao devra poursuivre sa progression, tandis que Mykhaylo Mudryk reviendra petit à petit dans le groupe. 

Malgré son absence en Coupe du Monde, Joao Pedro semble être quasiment garanti de démarrer la saison comme titulaire. Une recrue pourrait être faite pour le concurrencer, ni Liam Delap, ni Nicolas Jackson ou Emmanuel Emegha ne semblant entrer dans les plans du club. 

Le mercato sera à surveiller de près, tant dans le sens des arrivées que celui des départs, et devrait nous permettre de comprendre la manière dont Alonso compte faire jouer Chelsea. Il semble en tout cas avoir les mains libres dans ses choix, soutenu par la direction et dans les bonnes conditions pour mettre en place son système préférentiel. 

À quoi s’attendre ?

À seulement 44 ans, Xabi Alonso semble avoir déjà connu d’importants passages de pallier dans sa jeune carrière. 

De ses débuts prometteurs à la maison, il est rapidement devenu un entraîneur à succès, marquant le football allemand par le plus grand exploit des dernières décennies au pays du Bayern, puis s’est heurté de plein fouet à l’exigence parfois questionnable du plus grand club du monde. 

Il a su prendre le temps nécessaire pour choisir son nouveau projet, et semble en phase avec Chelsea au niveau de la direction donnée au processus de reconstruction

Contrairement à sa dernière expérience, il aura le loisir de moduler son matériel en fonction de son système préférentiel. Les premiers recrutements correspondent à ses besoins, et il semble à même d’insuffler une nouvelle énergie à Londres. 

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions. La fin du mercato, et le début du nouvel exercice nous donneront bien plus d’informations sur la capacité ou non d’Alonso à faire triompher Chelsea. Dans un championnat où les plus grands ont presque tous opté pour un changement d’entraîneur, le plateau pourrait être ouvert. À Xabi de tirer le meilleur parti de son effectif, pour peut-être reproduire un nouveau succès d’envergure.