Mexique : pour le peuple

Si le Mexique est une nation connue et reconnue du football international, ses meilleurs résultats en Coupe du Monde ont toujours été réalisés sous l’impulsion de son public, dans les enceintes mythiques de l’Azteca ou du Jalisco

Quarante ans après leur quart de finale de 1986, les mexicains accueilleront à nouveau partiellement la Coupe du Monde cet été. 

Au carrefour des générations, la sélection devra confirmer son niveau atteint lors de la dernière Gold Cup, et rendre à son peuple son engouement par des prestations marquantes. 

L’équipe

Si le Mexique n’a pas eu à disputer de tour qualificatif pour cette Coupe du Monde organisée à domicile, les derniers matchs amicaux de préparation peuvent nous indiquer les préférences actuelles de Javier Aguirre. 

Un grand nombre de joueurs a été testé, permettant à chacun d’acquérir un rythme suffisant, mais l’ossature reste globalement identique – tout comme les bases tactiques. 

La sélection mexicaine opère un pressing haut et agressif, cherchant dans la verticalité le moyen le plus efficace d’atteindre le but adverse. En transition défensive, ce modèle peut laisser des espaces une fois le pressing battu, et la capacité de repli de la défense se doit d’être efficace, au risque d’exposer rapidement son gardien.  

À ce poste justement, Javier Aguirre a confirmé dans la liste la présence de Guillermo Ochoa, mais dans quel rôle pour sa sixième Coupe du Monde ? 

Il n’est plus le titulaire depuis le dernier mondial, et Raul Rangel a su profiter des opportunités pour s’imposer. Le portier de Chivas, s’il ne compte guère plus de 10 sélections, pourra compter sur toute l’expérience de son compatriote pour l’épauler cet été, et semble avoir la confiance de son entraîneur.

La défense à quatre est composée de profils expérimentés qui peuvent compter sur leur vécu commun pour performer. Régulièrement percée dans l’axe sur transition rapide, la capacité de repli sera primordiale lors de la Coupe du Monde, certains profils du milieu de terrain venant apporter leur soutien sur ce type de phase.

Sur le côté gauche, Jesus Gallardo est le premier choix lors de chaque grand tournoi depuis son arrivée en sélection, et le sera à nouveau lors du Mondial. Le Mexique peut cependant déjà préparer le futur à ce poste, Mateo Chavez – latéral de 22 ans évoluant à l’AZ – ayant connu ses premières sélections en juin 2025.

La hiérarchie est également très claire dans l’axe, où Johan Vasquez et César Montes sont les noms les plus souvent inscrits ensemble. Comptant plus de 110 sélections à eux deux, les défenseurs de Genoa et du Lokomotiv sont installés depuis de nombreuses années dans la défense mexicaine, où leur profil agressif est une représentation du football proposé par la sélection. Luis Romo et Israël Reyes semblent être le troisième et quatrième choix, ce dernier pouvant également évoluer sur le côté droit. 

Il devrait d’ailleurs être l’un des choix prioritaires à ce poste, partageant son temps de jeu avec Jorge Sanchez, joueur du PAOK Salonique. 

Au milieu de terrain, le chantier est loin d’en être à sa phase de finition. Patron incontesté de cette zone depuis de nombreuses années et capitaine depuis 2024, Edson Alvarez a connu une saison noire marquée par les blessures. Il arrivera à la Coupe du Monde en manque de rythme, et devra prouver qu’il peut garder sa place en pointe basse du 4-1-4-1 préférentiel de Javier Aguirre. Erik Lira devrait être son principal concurrent, ayant pris sa place lors de nombreux amicaux de l’année écoulée. 

Devant cette sentinelle défensive, des profils variés peuvent être alignés au gré des rencontres et des besoins collectifs. Les vétérans Luis Chavez et Orbelin Pineda peuvent y prétendre, bien que ce dernier soit régulièrement aligné sur un côté. Alvaro Fidalgo a profité du turn-over opéré ces dernières semaines, mais la jeunesse pousse derrière. 

À 20 ans, Obed Vargas a connu lors du dernier hiver le grand saut vers l’Europe en rejoignant l’Atlético de Madrid, mais n’a pas encore su s’y imposer. Sa capacité à casser les lignes par la passe ainsi que sa formidable activité en conversation en feront un élément intéressant à suivre, et une place pourrait lui être faite au cours du tournoi. 

Gilberto Mora, milieu offensif de 17 ans, aura aussi une carte à jouer en raison de son éclosion impressionnante dans le championnat local, et est déjà pisté par plusieurs grands clubs européens. Ils représentent les espoirs futurs de la sélection, et pourraient d’ores et déjà nous offrir de grands moments dans quelques jours. 

Les ailes font partie des secteurs sécurisés, verrouillés par des titulaires bien installés. Roberto Alvarado et Alexis Vega ont depuis longtemps fait leur preuve dans la sélection : leur expérience sera précieuse cet été, mais ils peuvent par moments être esseulés sur leur côté. Ils apportent cependant une verticalité importante à l’équipe en transition, et obtiennent régulièrement des coups-francs aux abords de la surface. 

Le Mexique développe ainsi une grande force sur les coups de pied arrêtés offensifs, l’agressivité et la pression de son bloc lui permettant de récupérer un grand nombre de seconds ballons à exploiter. Ce sera l’une de leurs principales armes cet été, et leurs adversaires devront veiller à ne pas leur accorder trop d’occasions de mettre le ballon dans la surface. 

En dehors de ces phases, les joueurs d’El Tri ne s’encombrent pas d’un jeu de possession dans la moitié de terrain adverse, préférant trouver au plus vite le fer de lance létal qu’est Raul Jimenez. À 34 ans, le joueur de Fulham n’a pas à rougir de son état de forme, sortant d’une nouvelle saison pleine en Premier League. International depuis 2013, il a tout remporté avec le Mexique, et pourrait rapidement devenir le meilleur buteur de l’histoire de son pays. 

Un temps annoncé comme son successeur logique, Santiago Gimenez peine à retrouver son meilleur niveau depuis son arrivée au Milan AC. Écarté de novembre à mars, le buteur mexicain a du se contenter de bouts de matchs du côté de San Siro depuis son retour, dans une équipe en difficulté offensive qui a échoué à retrouver la Ligue des Champions. Il sera donc un choix de seconde zone cet été, Julian Quinones pouvant également prétendre à un temps de jeu substantiel.

Le sélectionneur

Nommé en 2024 à la tête de la sélection en réponse au manque de performances de ses prédécesseurs, Javier Aguirre n’en est pas à son coup d’essai. 

Après de premières expériences au sein du championnat local, le tacticien mexicain a notamment fait les beaux jours de l’Atlético de Madrid entre 2006 et 2009, posant les bases de ce que deviendra le club sous l’égide de Diego Simeone. Il est encore aujourd’hui le quatrième entraîneur à avoir dirigé le plus de rencontres sur le banc des Colchoneros, et n’a pas arrêté là son expérience espagnole. En dehors de ses passages à la tête des sélections japonaises et égyptiennes, Aguirre porte la réputation d’un pompier hors-norme. Sorti gagnant d’opérations « sauvetage » avec l’Espanyol de Barcelone, Leganes ou le Real Zaragoza, il a également plusieurs fois réussi ce tour de force sur le banc de la sélection mexicaine. 

Nommé pour la première fois en 2001, il reprend une équipe auteure d’un parcours qualificatif calamiteux avec une seule victoire sur ses 12 premières rencontres, et réalise l’exploit de lui faire rallier la Coupe du Monde 2002. Les mexicains y terminent d’ailleurs premiers de leur groupe et sont éliminés en huitièmes de finale, un an après la finale de Copa América atteinte en 2001. 

S’il quitte son poste à l’issue du tournoi organisé en Asie, le même scénario se reproduit à l’aube de la Coupe du Monde 2010. Une nouvelle fois mal embarqué, le Mexique se redresse grâce à Aguirre, se qualifiant à nouveau pour la plus grande compétition internationale après une victoire autoritaire en Gold Cup 2009.

Comptant déjà deux titres continentaux, le sélectionneur peut se targuer d’avoir emmené par trois fois son pays au Mondial, et a remporté récemment la Ligue des Nations CONCACAF. 

Fort de son expérience et du respect qu’il inspire à chaque génération en son pays, il s’est toujours montré capable de tirer le meilleur du groupe à sa disposition. Pour ce tournoi à domicile, il aura à cœur d’emmener son équipe le plus loin possible, pour enfin briser le stade des huitièmes de finale qu’il n’est jamais parvenu à dépasser jusqu’ici. 

Ambitions

Le Mexique aura l’honneur d’ouvrir dans quelques jours à peine l’édition 2026 de la Coupe du Monde, dans un remake de la légendaire cuvée 2010 face à l’Afrique du Sud. 

Dans un groupe à leur portée, ils souhaiteront relever la tête par rapport à leurs dernières prestations et capitaliser sur leur victoire récente en Gold Cup. 

La première place du groupe est un objectif sérieux. En cas de succès, un troisième de groupe serait sur leur chemin en seizièmes de finale, ouvrant la porte à un parcours plus ambitieux. Une deuxième place ne serait pas totalement éliminatoire, le deuxième du groupe B étant alors l’adversaire annoncé, mais un premier tour autoritaire enverrait un message important.

Légende en son pays, Javier Aguirre souhaite enfin atteindre l’objectif des quarts de finale, meilleur résultat historique du Mexique, mais la route est longue. 

Pour y parvenir, la sélection devra faire preuve d’unité et ne pas se découvrir trop dangereusement derrière. Cette génération expérimentée ne prend bien sûr pas le tournoi à la légère, souhaitant démontrer que l’événement de l’année n’est pas seulement organisé aux Etats-Unis. Avec un beau parcours, le Mexique a l’occasion de placer à nouveau son football sur la carte internationale. 

Poussés par leur public, seront-ils l’une des surprises de ce Mondial ?