Marc Pubill : l’art de saisir sa chance
De tous temps et de toutes les éditions, la Coupe du Monde a permis de mettre en lumière les jeunes talents de demain. Passant pour certains du statut d’espoir à surveiller à celui de joueur majeur courtisé par les plus grandes écuries, un Mondial réussi a de nombreuses fois changé la trajectoire de noms aujourd’hui ancrés dans l’histoire de notre sport.
Dans une édition à quarante-huit nations, certaines pourraient nous surprendre, et nous offrir les belles histoires des prochaines saisons.
Coup d’œil sur ces jeunes prêts à prendre leur destin en main.
Sélectionné pour la première fois à l’occasion de la Coupe du Monde, Marc Pubill a connu une trajectoire inédite cette saison à l’Atlético. Analyse de la progression du néo-international espagnol.

À l’annonce de la liste de Luis de la Fuente des 26 joueurs appelés pour le Mondial, certains choix ont fait réagir.
Aucun joueur du Real Madrid n’est convoqué, une première dans l’histoire. Le sélectionneur a principalement justifié ses choix par la saison réalisée en club, et Marc Pubill s’est donc imposé aux dépens de profils comme Dean Huijsen ou Robin Le Normand.
Sa polyvalence, couplée à une fin de saison impressionnante à l’Atlético à un poste qu’il découvrait, ont fait pencher la balance en faveur du joueur de 22 ans.
Saisissant pleinement sa chance en club, il cherchera à faire de même en sélection.
Après avoir remporté les JO 2024 sous les couleurs de l’Espagne, est-il prêt pour le grand bain ?
Parcours
Né en Catalogne, le jeune Marc aurait logiquement pu rêver d’intégrer La Masia mais son père – fervent supporter de l’Espanyol – refuse les offres du FC Barcelone et du Real Madrid pour son fils.
Choisissant de gravir les échelons au sein du club de cœur familial, il est malheureusement jugé inapte à y poursuivre sa formation en raison d’un retard de croissance dès 12 ans, qui l’empêche de progresser à la même vitesse que ses coéquipiers. Pubill mesure aujourd’hui un mètre nonante, mais il retourne alors vers son club de Manresa qu’il fréquente jusqu’en U19, moment où Levante le repère.
Promu dans le groupe professionnel en 2023, le latéral droit s’acclimate au niveau professionnel en seconde division, et s’impose au point d’endosser un rôle de titulaire lors des barrages d’accession à la La Liga en fin d’exercice.
Cette éclosion ne passe pas inaperçue à l’échelon supérieur, et Almeria jette son dévolu sur le défenseur de 20 ans.

Il y dispute deux nouvelles saisons accomplies entre l’élite et son antichambre, et progresse comme latéral de projection. Il démontre déjà une belle capacité d’adaptation, à même d’évoluer presque comme piston sur certaines séquences.
Son profil attire rapidement l’œil d’écuries plus huppées, et Marc Pubill tient son grand transfert en rejoignant l’Atlético de Madrid l’été passé, un an après avoir remporté les Jeux Olympiques sous le maillot espagnol.
Les Colchoneros voient en lui un joueur capable de relayer Marcos Llorente ou Nahuel Molina au poste d’arrière droit, mais Simeone détecte rapidement un autre potentiel au garçon.
Les blessures successives de Robin Le Normand et José Maria Gimenez poussent l’argentin à l’innovation : il teste Pubill en tant que défenseur central droit. Le joueur confiera sa reconnaissance à son entraîneur dans la presse d’avoir su le transformer aussi rapidement :
“Il m’a donné un poste que je n’attendais pas et me l’a enseigné très vite. Je lui en serai reconnaissant toute ma vie. Il m’a appris les bases d’un défenseur central très rapidement — on a même eu des cours particuliers.”

Et les efforts ont payé. D’un test à une réelle solution, il gravit les échelons de la concurrence pour s’imposer dans l’axe aux côtés de David Hancko, notamment titulaire à ce poste en demi-finale de Ligue des Champions contre Arsenal.
Déjà international espoir espagnol, cette arrivée sur le premier plan n’a pas échappé à Luis de la Fuente.
En sélection
S’il avait remporté les JO il y a deux ans, c’est encore un message plus important renvoyé par le sélectionneur en intégrant Pubill à sa liste.
Entièrement en phase avec ses critères de sélection, il lui offre là une exposition nouvelle, et la possibilité de s’installer définitivement comme un central qui compte sur la scène internationale.
Ayant fréquenté les sélections U19 et espoirs, il était naturellement déjà sous l’œil de l’équipe A – mais cette convocation s’est imposée dès cet été.
Préféré à Dean Huijsen ou son coéquipier Robin Le Normand, il aura sur les épaules la pression du défi qui l’attend au tournant.
Son défi
Car si cette convocation sonne comme une récompense à l’égard de sa progression, Pubill devra prouver lors du Mondial qu’il compte garder cette place.
De la Fuente n’a pas hésité à remplacer plusieurs des noms vainqueurs du dernier EURO, au profit du mérite sportif. Mais l’Espagne est pour beaucoup l’une des grandes favorites de la compétition, et devra répondre de ce statut.
La Roja pratiquait le football le plus chatoyant d’Europe il y a deux ans, et a survolé son groupe de qualification pour la Coupe du Monde. Favorite à la victoire finale, il lui faudra rapidement intégrer certains nouveaux visages pour atteindre cet objectif.
En ce sens, Pubill devra démontrer à son sélectionneur qu’il ne s’est pas trompé. Partant de plus loin dans la hiérarchie, il lui faudra saisir sa chance au moment opportun.
S’il en est capable, son âge et sa capacité naturelle à s’adapter pourraient en faire un défenseur régulièrement convoqué, et pourquoi pas commencer à remplir son armoire à trophée.
