Grèce : en trouble-fête

Absente des grandes compétitions depuis 2014 et une élimination en huitièmes de Coupe du Monde face au Costa Rica, la Grèce est bien souvent réduite à son exploit de l’Euro 2004. Mais si la dernière décennie fut difficile pour le football hellénique, il semble renaître de ses cendres, comme en attestent les récentes victoires face à la Serbie et l’Allemagne.
Entre intensité et résilience, présentation des principales lignes de force de l’un des probables outsiders de l’Euro 2028.
Un entraîneur aux idées claires
Si le nom d’Ivan Jovanovic ne résonne pas très fort dans nos régions, il est bien connu des suiveurs de football grec.
Le serbe a connu ses premières heures de gloire non loin de là, sous les couleurs de l’APOEL Nicosie. En deux passages dans la capitale chypriote, il s’est inscrit comme l’un des entraîneurs les plus marquants de l’histoire du club, avec 7 trophées domestiques remportés mais surtout la première qualification d’APOEL en phase de groupes de Ligue des Champions, avant un quart de finale historique perdu face au Real Madrid en 2011-2012.
S’il quitte la région à la suite de son limogeage en 2013, il pose ses valises de l’autre côté de la mer de Crète près de huit ans plus tard en prenant la tête du Panathinaikos. À Athènes, il relève le défi de replacer le club sur le devant de la scène, alors distancié par ses concurrents historiques. Il est remplacé avant de parvenir à cet objectif, mais son football généreux et créatif réconcilie les tribunes avec le terrain. Quelques mois après son départ, la fédération grecque ne laisse pas passer sa chance, et l’engage pour faire briller sa génération dorée.
Un réservoir à exploiter
Car si la Grèce semble aujourd’hui un sérieux concurrent à une place de tête de série pour le prochain Euro, c’est avant tout grâce à son vivier de talent actuel.
Devant, la liste est effrayante : Tzolis, Karetsas, Konstantelias, Pavlidis, Douvikas, Kostoulas, … Tous devraient prétendre à un rôle de titulaire en cas de qualification pour 2028.

Le poste de gardien est également bien fourni (Tzolakis, Vlachodimos), base d’un équipe solide. La défense et le milieu de terrain peuvent laisser à désirer, malgré quelques profils très intéressants, mais parviennent à se coordonner selon une idée prioritaire du coach : l’approche collective pour faire briller les individus.
Le système
Malgré des compositions très classiques (4-4-2), la sélection de Jovanovic propose un football ambitieux. Son système hybride conserve sa forme en phase défensive, mais évolue de manière bien plus dynamique une fois la possession retrouvée. La volonté d’occuper tous les couloirs de jeu prend une place importante, permise par les rôles spécifiques travaillés à chaque poste.
Il reste important de noter que le 4-4-2 actuel s’adapte aux circonstances : nouvellement arrivé à Dortmund, Giannis Konstantelias s’est gravement blessé et sera absent une bonne partie de la saison. Il devrait occuper un rôle important dans l’animation offensive future, et la disposition grecque pourrait fortement en être impactée.
En pratique
Sa génération actuelle avait déjà mis en lumière le potentiel footballistique de la Grèce, mais il est attendu de cette trêve internationale un verdict sur leur niveau de performance réelle. Les deux victoires récentes faces à la Serbie et l’Allemagne nous ont d’ailleurs déjà offert de premières indications à ce niveau.
Serbie 1-2 Grèce
Dans l’ambiance hostile des stades des Balkans, les Grecs se sont d’abord fait surprendre par les intentions offensives serbes. Concédant une première occasion à la 2e minute de jeu, ils craquent à la 4e et se voient déjà mal embarqués par les événements.
Mais la formation de Jovanovic ne panique pas : elle garde la possession, et son onze construit pour l’attaque prend l’ascendant, mais malgré quatorze tirs en première période, les filets ne tremblent pas.

L’égalisation de Tzolis à un quart d’heure du terme ne change pas les plans de son entraîneur : il fait entrer deux buteurs supplémentaires.
Pesant ensemble sur la surface, la paire de remplaçant permet aux ailiers d’écarter le bloc adverse, pour arracher une victoire à l’extérieur précieuse et fondatrice.
Allemagne 0-1 Grèce
Face à la Mannschaft, place à un plan de jeu plus conservateur pour Jovanovic.
La Grèce ne tente pas de dominer les débats. Elle attend l’Allemagne, serre ses lignes et dédouble l’emprise sur les flancs. Les rares occasions de projection sont mal coordonnées, et la Grèce bute sur une Allemagne pourtant peu reluisante à la mi-temps.

Au retour des vestiaires, les Grecs reprennent de l’allant : ils tentent de développer leur possession, mais restent sans idée jusqu’à un nouveau coup de génie venu du banc. 75e minute, la sentence tombe : le dédoublement de Tsimikas trouve Kourbelis, les allemands ne reviendront pas.
À retenir
Avec ces deux succès, la Grèce trône désormais en tête du groupe 2 de Ligue des Nations. Ce résultat reste provisoire et ne doit pas nous détourner de notre sens critique, mais vient récompenser un travail titanesque entrepris.
En battant la Serbie puis l’Allemagne, la Grèce a démontré sa force collective, empreinte de résilience. Si l’on espère désormais les voir plus haut, le match de jeudi face aux Pays-Bas sera un nouveau test à observer.
