Angleterre : les grandes forces du favori actuel

En ouverture de son Mondial face à la Croatie, l’Angleterre a impressionné par le niveau de jeu collectif proposé. Tuchel – comme à son habitude – avait posé des choix forts d’entrée, choisissant par exemple d’aligner le duo Gordon-Madueke plutôt que Rashford-Saka sur les ailes. Jude Bellingham était bien aligné comme milieu avancé du 4-2-3-1 au détriment de Rogers, tout comme Stones préféré à Guéhi.
La composition a pu surprendre, mais le terrain a donné raison au sélectionneur allemand avec cette victoire 4-2, acquise avec la manière.

Tour d’horizon des grandes lignes de forces aperçues dans cette première rencontre.
Le milieu
Malgré une philosophie où personne n’est assuré de sa place, le double pivot Rice-Anderson reste un indéboulonnable du système de Tuchel.
Complémentaires, ils ont tous deux été les auteurs d’une prestation de haut vol. Impact physique, protection en transition, marquage proche de l’homme, ils ont assuré l’équilibre d’un bloc anglais fait de déplacements dans l’espace libre. Offensivement, Declan Rice s’est fait remarquer par une frappe magnifique arrêtée par Livakovic, et a pesé dans l’accompagnement des attaques. Présent au second ballon, il a permis comme son coéquipier de maintenir la hauteur du bloc.
Anderson, sur sa lancée des deux dernières saisons, confirme quant à lui son futur passage vers le plus haut niveau. Vrai milieu de Premier League comme on l’imagine, dur sur l’homme, ses légères touches dans le dos de l’adversaire lui ont permis de rester constamment au contact, avant de surgir dans les pieds pour gratter des ballons de manière agressive mais régulière.
D’autres profils, comme Kobbie Mainoo, pourraient être testés au cours des phases de groupe, mais l’Angleterre semble avoir trouvé là l’association la plus efficace.
Jude Bellingham
En délicatesse à l’approche du tournoi, Jude Bellingham était loin d’être assuré d’une place de titulaire dès l’entrée. Sa position de vedette du football mondial renforcée par ses derniers tournois internationaux et son statut au Real Madrid auraient pu ne pas s’adapter à l’idéologie prônée par Thomas Tuchel d’un collectif fonctionnel plus important que les apports individuels.
En introduction de la rencontre face à la Croatie, Jude a donné une interview où il s’exprimait de manière très humble sur la fierté que représente pour lui d’enfiler le maillot des Three Lions, et cette évolution dans son approche s’est ressentie dans sa prestation.
Parfaitement adapté à l’idée de jeu voulue par Thomas Tuchel, ses qualités indéniables apportent à cette Angleterre un surplus qualitatif dans toutes les zones du terrain. Ses courses de pression, son impact et ses efforts défensifs en première ligne ont grandement aidé le double-pivot aligné derrière lui en phase de relance adverse, et son impact offensif a pesé sur la défense.
Récompensé de sa prestation exceptionnelle en inscrivant le troisième but des siens, il a démontré au cours de l’action toute sa puissance athlétique. Sa course et son impact n’ont pas permis au défenseur croate de rivaliser, et il a su se servir des appels vers la surface réalisés par ses coéquipiers pour profiter du déséquilibre créé, et terminer d’une frappe limpide.

Jude Bellingham, en s’adaptant aussi bien aux demandes de son entraîneur et aux besoins collectifs, semble avoir gagné sa place dans cette équipe anglaise pour le prochain match à enjeu.
Harry Kane
Souvent discret dans les grandes rencontres, Harry Kane prouve avec ce match qu’il est l’un des plus grands visages anglais, et que cette compétition pourrait changer la donne.
Déjà buteur en demi-finale de Ligue des Champions, son doublé face à la Croatie ne doit pas résumer à lui seul la performance de l’attaquant du Bayern.
Très actif en décrochage pour apporter son soutien au jeu de construction, il a presque tout réussi dans ce match. Comme en club, il redescend dans le milieu pour se trouver à la base des actions. L’association avec Noni Madueke a notamment bien fonctionné, le joueur d’Arsenal multipliant les appels pour déstabiliser la défense.
La proposition collective anglaise semble construite pour ce nouveau rôle, la fluidité des combinaisons et des déplacements lui permettant de revenir vers une position d’avant-centre pour se trouver à la finition des actions.
Son doublé le place sur de bons rails pour la suite du tournoi, en patron offensif des siens.
Les ailes
Si les choix d’entrée pouvaient amener au débat malgré l’habitude de voir Tuchel remanier son onze, ils ont confirmé ses intentions tactiques.
Tendant vers une gestion « Starters – Finishers » plutôt que « titulaire-remplaçant », les changements sont allés dans ce sens.
Noni Madueke puis Bukayo Saka sur la droite évoluent dans un rôle créatif. Très demandeurs, ils se fondent dans l’expression collective, combinant efficacement avec Harry Kane ou Jude Bellingham pour faire progresser le bloc. Les différences individuelles doivent principalement venir de leur côté, pour permettre au collectif de progresser vers la surface adverse. Dribbles, percussions, centres, combinaisons : ainsi se dessine le jeu à droite pour les Three Lions, en miroir aux consignes appliquées sur l’aile gauche.

Anthony Gordon et plus tard Marcus Rashford y sont utilisés selon leurs qualités. Vitesse, finition et pressing sont les maîtres-mots dans cette zone, Gordon en étant la représentation principale. L’ancien de Newcastle s’est habitué à ce rôle du côté de St James’ Park, et doit reproduire les mêmes performances en équipe nationale. Agressant le porteur pour éviter la relance, il a régulièrement forcé la ligne arrière croate à chercher du jeu long, favorable à la récupération énergique et agressive par les milieux.
Relances depuis l’arrière
L’alignement en défense de profils techniques, à l’aise balle au pied et résistant à la pression semble être l’une des prérogatives du jeu anglais. Quasiment toute la rencontre, la défense a cherché à aspirer le bloc offensif croate par ses combinaisons.
Jordan Pickford – s’il ne fait pas partie des meilleurs gardiens de la compétition – peut être considéré comme le onzième joueur de champ dans cette configuration, les schémas de passes partant souvent de ses pieds. Avec l’apport du double-pivot en décrochage et la qualité de relance de la ligne arrière, l’Angleterre est régulièrement parvenue à se créer des séquences offensives dangereuses construites grâce à l’apport de chaque joueur, de Pickford à Kane.
Communication
Tout au long de la rencontre, nous avons vu une Angleterre très vocale. Les coéquipiers se parlent, dirigent le porteur, déclenchent des courses et ouvrent des espaces. En comparaison à d’autres nations attendues comme le Portugal, le collectif anglais semble à même de s’auto-réguler, de s’adapter rapidement à une nouvelle configuration. Le bannissement des statuts pousse chacun à conseiller ses coéquipiers, ou à les replacer quand c’est nécessaire.
Ce point, que certains considéreraient comme un détail, en dit long sur l’alchimie du groupe. Au-delà des consignes tactiques, de nombreux applaudissements et encouragements étaient visibles, signe que chacun avance bien vers un objectif commun.
Coups de pied arrêtés offensifs
Premier League style oblige, l’Angleterre s’est montrée extrêmement dangereuse sur coup de pied arrêté offensif. Deux des huit corners obtenus ont mené à un but, permettant aux hommes de Tuchel d’imposer leur domination sur la rencontre et prendre un ascendant psychologique dans la surface croate.
Facteur inévitable du football moderne, les Three Lions ont l’avantage de bien connaître ces configurations, beaucoup de joueurs évoluant au sein du championnat local. Un grand nombre de nations compte sur les coups de pied arrêtés pour faire la différence, mais l’Angleterre semble posséder une avance certaine dans le domaine.
