Diables Rouges : le bilan de la trêve

Au sortir d’une trêve internationale riche en intensité et en enseignements, il est désormais l’heure de tirer le bilan de ces quatre rencontres. 

Entre plan de jeu naissant, évolution des hommes de base et espoirs pour la suite, quelle Belgique se construit sous Van Bommel ?

Plan de jeu

Dès l’annonce de sa liste, le sélectionneur fédéral n’a juré que par une ambition claire, celle de rendre le jeu belge reconnaissable. Adepte de la possession, son leitmotiv se résumait alors en un mot : intensité. 

Pour le contrôle du ballon, on repassera, nos Diables n’étant parvenus à afficher un taux de possession positif que face à la Turquie à Sclessin. Une fois ce fait affiché, il convient de dissocier les performances contre la France, de celles réalisées en Italie et face aux Turcs.

Les intentions créatives constatées lors du premier match ont ainsi laissé place à un football plus transitionnel une fois l’adversité française venue, le 4-3-3 d’inspiration hollandaise mis en place par Van Bommel s’adaptant à l’animation souhaitée pour contrer la tactique adverse.

Ces évolutions dans l’approche ont permis de mettre en lumière plusieurs grands axes de satisfaction. Les appels croisés vus contre l’Italie, servant la recherche de combinaisons dans le dernier tiers, ou les relances depuis l’arrière travaillées pour la réception de la France, sont autant d’exemples de la volonté belge d’imposer son contrôle sur un match, malgré des statistiques de possession qui n’ont pas reflété cet état d’esprit.

Le craquage complet de la fin de rencontre au Stade de France, décevant au vu de la physionomie du match, devra également servir à notre équipe nationale dans le futur. Incapables de cadenasser l’apport individuel des entrants, les Diables auront à relever la tête en novembre, en proposant une approche défensive collectivement en place sur nonante minutes. L’aspect mental sera également à travailler, pour éviter que ce type de débâcle ne se reproduise à l’avenir. 

Place aux jeunes

Le renouvellement générationnel est, depuis de nombreuses années, une priorité absolue de notre équipe nationale. Mark Van Bommel semble avoir intégré cette réalité, en accordant d’entrée un crédit plus important à nos jeunes joueurs. 

Si leurs cas seront développés plus largement par la suite, Senne Lammens et Mika Godts en sont déjà des exemples parlant, tout comme Diego Moreira. Sous-utilisé lors de la Coupe du Monde, le Liégeois a entamé cette édition de Ligue des Nations dans la peau d’un titulaire et s’est montré à son avantage malgré quelques approximations à gommer. Très actif sur son flanc, il a permis d’intensifier les déplacements offensifs, sans rechigner aux tâches défensives bien que brouillon par séquences. 

Sans bousculer profondément la hiérarchie ni appliquer un turnover particulièrement large, notre nouveau sélectionneur a donc mis un point d’honneur à concerner dès son début de mandat ceux qui incarnent le futur de cette équipe. 

Les gagnants

Au-delà de la vision collective, cette trêve a bien entendu permis de couronner certains grands gagnants individuels. 

Très attendu sur l’aspect mental après son erreur en quart de finale du Mondial, Senne Lammens a répondu aux attentes. Précieux sur sa ligne et doté d’un sang-froid que peu lui connaissaient déjà, il a parfaitement pris le relais de Thibaut Courtois entre les perches et rassuré sa défense. 

Défense au sein de laquelle était reconduite la charnière mondialiste Ngoy-Mechele, pour confirmer le destin du premier cité comme futur patron de la ligne arrière. Remplaçant initialement Zeno Debast dans le système de Rudi Garcia, ses prestations ont fait évoluer la hiérarchie au cours des derniers mois, pour l’installer désormais comme un indéboulonnable. Titulaire quatre fois, il s’est particulièrement mis en valeur dans son jardin liégeois contre la Turquie, où ses treize interventions réussies et ses passes toujours précises ont permis à la Belgique de ne pas douter face aux volontés offensives adverses. 

Les latéraux seront sans doute amenés à évoluer, mais mention doit être faite à Timothy Castagne, globalement solide malgré quelques approximations, et Joaquin Seys, qui semble désormais compter une longueur d’avance sur Maxim De Cuyper à gauche. 

Au milieu, la plus grande satisfaction de ce premier rassemblement marqué Van Bommel est sans conteste Roméo Lavia. Le joueur de Chelsea, sélectionné pour la première fois depuis 2023, a rappelé à tous à quel point sa trajectoire de carrière est jusqu’ici frustrante. Titulaire deux fois contre la France, il a livré un récital à l’aller, juste dans chaque intervention défensive, et précieux à la relance. À l’aise face au pressing et dans les petits espaces, sa passe décisive pour Dodi Lukébakio est venue récompenser ses prestations très convaincantes. Les supporters espèrent désormais que son corps suive, auquel cas il devrait rapidement devenir indiscutable dans l’entrejeu. 

Buteur sur l’offrande de Lavia à Paris, Lukébakio fait également partie des grandes satisfactions belges. Historiquement cantonné à un rôle de supersub, parfois injustement réduit à sa frappe de loin, l’ailier du Benfica a prouvé qu’il pouvait devenir bien plus que cela. Déstabilisant le bloc adverse par ses appuis courts aux abords de la surface, il a offert à notre sélection un vent frais offensif par son profil si spécifique, et pourrait bientôt prétendre à un statut plus important si son efficacité se confirme. 

Associé à l’ancien anderlechtois contre la Turquie, Mika Godts est peut-être le plus grand gagnant de cet enchaînement de rencontres tout poste confondu. Injustement oublié pour la Coupe du Monde, il a prouvé à tous qu’il aurait mérité une place dans cette équipe, à laquelle il aurait d’ailleurs rendu de beaux services. Adoré de Van Bommel, son temps semble réellement venu cette fois. Premier buteur de ce rassemblement, il est parvenu à se faire rapidement apprécier des supporters, et amené son insouciance à une position primordiale pour le système. S’il a parfois frustré par ses erreurs décisionnelles, nul doute qu’il mettra rapidement la pression à Jérémy Doku, lequel aura à montrer sa valeur en novembre. 

Les perdants

Alors que nous abordions brièvement la bonne impression laissée par Seys plus tôt, celle-ci est inévitablement liée aux prestations de Maxim De Cuyper. L’ancien brugeois n’a jamais été réputé pour sa science défensive, au point désormais de jouer comme ailier en club, et cette faiblesse ne semble que se confirmer au fil des années. Inquiétant dans la protection de l’espace laissé dans son dos, incapable d’arrêter Michael Olise par une faute stratégique au Heysel, il a même semblé par moment déconnecté du reste de notre ligne arrière. Une trêve à oublier pour lui, en espérant recevoir une seconde chance. 

Meilleur joueur de notre championnat, fortement apprécié par Rudi Garcia, Hans Vanaken est également une déception. Aligné d’entrée contre la Turquie, la prestation époustouflante de Kévin De Bruyne a contribué à mettre en lumière le manque d’impact de son coéquipier du milieu. À nouveau titulaire à la suite de la suspension de notre numéro 7, il n’a su aider les siens malgré de bonne intentions. D’un brugeois à l’autre, la déception reste moins importante pour le capitaine des Blauw en Zwart au vu de son statut, et il aura à renoubler d’efforts pour ne pas se voir remplacé rapidement par un autre profil créatif.  

Le Club Bruges est donc définitivement mis à l’honneur dans cette rubrique, tant le cas Charles De Ketelaere a fait débat. Titulaire en pointe, ses prestations trop inégales ont très peu convaincu les spectateurs. Précieux par sa qualité de passe et utile à la construction, ses décrochages visant à soutenir le pressing ont régulièrement porté leurs fruits mais voilà : ce n’est pas ce qui est attendu de l’avant-centre d’une équipe ambitieuse. Malgré les conseils de Lukaku, CDK n’est pas – et ne sera sans doute jamais – un numéro 9. Incapable de trouver le bon placement dans la surface, trop peu présent pour couper les centres, et trop lent pour jouer efficacement les transitions, il a hérité d’un rôle ingrat, et devra sans doute espérer un changement de système pour ne pas devenir la risée du public. 

Bilan

Malgré un glissement vers la troisième place difficile à avaler et une défaite frustrante en dernière journée, le premier rassemblement de l’ère Van Bommel est donc plutôt positif. Sous le feu des projecteurs, le sélectionneur fédéral a demandé du temps, dont il bénéficiera sans doute au vu des premières intentions entrevues. 

Rappelons également que sans ce changement d’homme de tête, ces rencontres de Ligue des Nations n’auraient sans doute pas revêtu autant d’importance pour l’observateur lambda. Malgré l’évolution du discours public, l’entraîneur a tenu à remettre au centre du débat l’idée que ces matchs ne servent qu’à préparer la suite. 

En laissant le temps nécessaire au développement de son projet, la Belgique pourrait afficher un visage plus offensif et ambitieux au prochain Euro. Bien qu’il reste trop tôt pour y penser, les grandes compétitions se construisent sur la durée, et nos Diables semblent avoir posé une première pierre importante en cette trêve.