Fiorentina : le plan de relance

En ce début de mois d’août, le mercato bat son plein en Europe. À quelques semaines de la reprise, chaque club s’active à ses derniers ajustements, mais le championnat italien reste bien discret. Pendant que français, anglais et espagnols font la une des quotidiens, les écuries de Serie A se montrent légèrement en retrait. 

Mais un club a particulièrement attiré l’attention ces dernières semaines en raison de sa campagne de recrutement ambitieuse. La Fiorentina, au sortir d’une saison catastrophique, doit se reconstruire, et a pour cela dû reprendre des bases.

Revenir vers ses standards

La Fiorentina, entité historique du championnat italien, a connu l’une des saisons les plus difficiles du football européen l’année dernière. Longtemps relégables, ils n’ont connu leur première victoire qu’en décembre, et sont devenus la première équipe à se sauver sans aucun succès lors des 15 premières journées. 

Un changement structurel s’est imposé dès le mois de janvier, permettant de sauver les meubles en seconde partie de saison. Mais pour aborder ce nouvel exercice, une refonte complète de l’équipe s’est montrée nécessaire. 

Pour mener à bien le nouveau projet, le premier changement s’est effectué au poste d’entraîneur. Fabio Grosso, artisan du rebond de Sassuolo au cours des deux dernières saisons, s’est vu choisir et connaîtra ainsi sa première expérience sur le banc d’un grand de Serie A. 

Le projet de jeu

Champion du Monde 2006 sous les couleurs de la Squadra Azzura, Grosso s’est rapidement reconverti en tant qu’entraîneur, faisant ses classes au sein des divisions inférieures et tentant avec plus ou moins de réussite sa chance à l’étranger. 

En 2023, il attire l’attention des médias français en signant du côté de l’Olympique Lyonnais, mais l’expérience sera de courte durée. Rentré au pays l’année suivante, il accepte le challenge proposé par Sassuolo, nouvellement rétrogradé en Serie B et ne souhaitant pas y faire de vieux os. 

Il termine l’exercice 2024-2025 en tant que champion de deuxième division, sa deuxième promotion après celle de Frosinone deux ans plus tôt, et décide cette fois de poursuivre l’aventure dans l’élite. 

Au contraire de son nouvel employeur, il réalise une saison 25-26 solide, terminée à la onzième place. Il bat notamment des équipes comme la Lazio, l’Atalanta par deux fois ou le Milan AC, et rend le football des Neroverdi immédiatement reconnaissable.

Souvent comparé à Massimiliano Allegri, Grosso développe en effet une approche défensive conservatrice. Préférant attendre l’adversaire dans son camp plutôt que de le presser haut, son équipe resserre progressivement la marge de manœuvre de l’opposant, rendant le bloc plus compact à mesure qu’il recule. Cette vision défensive nécessite une grande coordination entre les acteurs de la pelouse, qui se doivent de coulisser ensemble au besoin. 

La comparaison avec l’ancien entraîneur du Milan et de la Juventus s’arrête pourtant ici. Une fois le ballon récupéré, la stratégie repose en un terme : verticalité.

Comptant sur l’apport de bons manieurs de ballons au sein de sa ligne arrière, le bloc s’écarte cette fois – tout en maintenant sa structure – à la recherche de projection. Les latéraux et milieux de son 4-3-3 jouent ainsi un rôle primordial dans l’exécution des offensives, tandis que les ailiers conditionnent la projection du reste du bloc. 

Cette stratégie transitionnelle a jusqu’ici démontré son efficacité au sein du championnat. Mais la presse italienne est rude, et attend désormais Fabio Grosso au tournant. Est-il prêt pour un club de plus grande envergure ? 

Un mercato ambitieux

Après plusieurs fenêtres de transferts ratées, les dirigeants florentins semblent cette année à même de fournir à leur coach le matériel nécessaire. 

Extrêmement contesté, l’ancien directeur sportif Daniele Pradè a finalement rendu sa démission en novembre dernier, remplacé par Fabio Pratici, qui fût notamment derrière l’hégémonie de la Juventus dans les années 2010, et plus récemment en poste du côté de Tottenham. 

Les premières recrues de l’été étaient déjà présentes au club depuis janvier. Conditionnées au maintien de la Fio, les options d’achat de Marco Brescianni et Giovanni Fabbian ont été levées. Évoluant tous deux au milieu de terrain, leur profil tend à se compléter, et ils seront utiles à Grosso dans la recherche de la formule idéale, dans un secteur où d’autres noms viennent également s’ajouter. 

Arthur Atta, français de 23 ans qui évoluait depuis deux saisons à l’Udinese, ou Christ Inao-Oulaï, révélation de la dernière CAN côté ivoirien, représentent des investissements conséquents et seront amenés à faire passer le palier de qualité technique nécessaire à la bonne expression offensive en phase de transition.

L’attention de la cellule de recrutement s’est aussi fortement attardée sur le renouvellement de la ligne arrière. En tout, cinq acquisitions ont été réalisées pour renforcer un élément primordial de la tactique de Grosso. 

À gauche, Alex Jimenez est prêté par Bournemouth, et se frottera à la concurrence du jeune Valde. Acheté pour 8 millions au Real Madrid, cette opération repose sur les mêmes fondements que celle de Nico Paz à Côme. Envoyé en Italie pour se rôder au monde professionnel, la Casa Blanca bénéficie d’une clause de rachat prioritaire. 

Dans l’axe, Viery, brésilien gaucher de 21 ans, devra s’acclimater au football italien pour sa première saison européenne, tandis que Radu Dragusin cherchera à se relancer. Le roumain de 24 ans connaît très bien la Serie A, et pourrait s‘imposer comme nouveau leader de la ligne arrière, aux côtés de Pongracic ou Ranieri, déjà présents au club. 

À droite, Joao Mario est prêté par la Juventus dans l’objectif de suppléer Dodô, qui devrait rester titulaire. 

Le reste du mercato semble désormais être consacré aux renforts offensifs. En attendant le très probable départ de Moise Kean, le premier grand coup se nomme Franco Mastantuono, espoir barré par la concurrence du Real Madrid.

À 18 ans, il devrait connaître sa première saison complète en Europe en bénéficiant d’un temps de jeu bien plus conséquent. L’Argentin devra rapidement s’acclimater à son nouvel environnement, l’apport des ailiers étant un élément primordial au bon déroulé du plan de jeu offensif de Fabio Grosso. 

Prêts à se relancer ?

Au sein d’un championnat en pleine transition, nombreux sont les clubs qui tenteront de tirer leur épingle du jeu avec un projet renouvelé cette saison. Les mouvements sur les bancs de touche ont été nombreux, et si tous ne se sont pas accompagnés d’un recrutement conséquent, la Fiorentina semble quant à elle à la croisée des chemins. 

Il y a un an, La Viola s’était également montrée très active sur le mercato, avec les résultats que l’on connaît. Mais la situation de 2026 est différente. Le changement d’entraîneur n’est plus subi, mais souhaité et le profil a été soigneusement sélectionné par la direction. L’an passé, Raffaele Palladino avait claqué la porte malgré une prolongation de contrat, forçant une instance dirigeante décriée à réagir dans l’urgence. Le mercato n’avait donc pu se réaliser de manière coordonnée : il suit désormais les besoins du plan de jeu à mettre en œuvre. 

La Fiorentina revient de loin, et reste sans doute quelques classes en dessous des concurrents au titre. Mais dans une Serie A où de grands noms échouent chaque année, le club ne disputera qu’une rencontre par semaine et pourrait tenir dans la longueur pour aller chercher une nouvelle qualification européenne. 

À Fabio Grosso de démontrer qu’il a désormais les épaules pour diriger une écurie ambitieuse, en usant des ressources diversifiées mises à sa disposition.