Turquie : leur moment ?

Deux ans après le quart de finale d’Euro atteint en terres allemandes, l’heure du grand test est arrivée pour la sélection turque.
Emmenée par sa jeune génération et soutenue par ses cadres expérimentés, elle a hérité d’un groupe à sa portée, et souhaite marquer un résultat rappelant les grandes heures du début des années 2000.
L’équipe
Pour retrouver la Coupe du Monde, les Turcs ont dû passer par une phase de qualification relevée. Placée dans un groupe déséquilibré, la Turquie se place comme la deuxième force du plateau derrière l’Espagne mais largement supérieure à la Géorgie et la Bulgarie.
Logique deuxième malgré un parcours convaincant, elle a dû passer par les barrages, où de courtes victoires contre la Roumanie et le Kosovo lui ont permis de valider son billet.
Le sélectionneur est resté fidèle à son 4-2-3-1, et a maintenu tout au long de la campagne une colonne vertébrale identique, plaçant le collectif au-dessus des individus.
Au poste de gardien, Ugurcan Cakir a largement pris le dessus sur Altay Bayindir. Arrivé l’été dernier au Galatasaray après 14 saisons passées à Trabzonspor, il s’est imposé comme titulaire en club comme en sélection et sera le premier choix cet été.
En défense centrale, l’expérience est de mise. Ancien espoir de la Juventus aujourd’hui en Arabie Saoudite, Merih Demiral compte malgré tout plus de soixante sélections sous le maillot turc, et forme une charnière solide en compagnie d’Adbülkerim Bardakci. Il a connu un parcours bien différent de celui de son coéquipier, révélant toutes ses qualités tardivement mais à temps pour attirer l’œil de Galatasaray, où il était titulaire cette saison.
Ozan Kabak, bien revenu d’une lourde blessure aux ligaments croisés, fait office de troisième choix en compagnie d’Akaydin. Çaglar Söyüncü fait lui aussi partie du groupe, mais ne devrait pas hériter de minutes significatives, en perte totale de vitesse ces dernières saisons.
Les postes de latéraux sont soumis à concurrence, quatre noms pouvant prétendre à un poste de titulaire.
À gauche, Ferdi Kadioglu part avec une longueur d’avance sur Eren Elmali. Joueur important de Brighton depuis 2024, il a su s’imposer comme une valeur sûre de Premier League, titulaire tout au long de la saison sous Fabian Hürzeler. S’il a fait ses classes avec les sélections néerlandaises, il apporte depuis 2022 toute son explosivité à l’équipe turque.
À droite, Zeki Celik et Mert Müldür sont les deux options envisageables, bien qu’Elmali puisse aussi évoluer sur ce côté. Tous deux internationaux depuis 2018, le temps de jeu a été partagé en phase de qualification, le sélectionneur faisant son choix en fonction de l’adversaire et des besoins.

Au milieu, Hakan Calhanoglu est indéboulonnable. Finaliste de la Ligue des Champions 2025, il porte le brassard de la sélection turque depuis le dernier EURO, et compte le plus de caps dans l’équipe actuelle.
Avec un but et 6 passes décisives en qualifications, son impact est toujours capital, dans un rôle hybride où ses déplacements vers les côtés ont souvent été à la base des offensives.
Parfaitement adapté aux besoins de l’équipe, il évolue sous Montella dans une position libre, dézonant en phase de possession pour créer le surnombre dans le demi-espace, ce qui permet aux autres joueurs à vocation offensive de jouer libérés. Du haut de ses 32 ans, son expérience sera indispensable à un bon parcours lors de la Coupe du Monde.
À ses côtés, Ismaïl Yüksek et Orkun Kökçu se partageront sans doute le temps de jeu en fonction de l’adversaire. Le premier, milieu défensif évoluant au Fenerbahçe, est un exemple de résilience et de professionnalisme. Arrivé au club en 2020, il a patiemment attendu son tour pour s’imposer dans le onze, tout comme il a su le faire en équipe nationale. Kökçu apporte quant à lui davantage de certitudes offensives. Capable de s’intégrer entre les lignes pour participer à la construction, il permet au bloc turc de maintenir la pression sur la surface adverse, ou se positionne plus bas comme distributeur.
Au poste de milieu offensif, Arda Güler est évidemment le premier choix. Profitant des combinaisons sur le côté, l’occupation de l’espace libre est sa principale mission. En décrochage au-delà de la ligne médiane pour construire, ou en électron libre autour de la surface, il dicte le jeu offensif des siens grâce à sa vision de jeu et sa qualité technique. Il est le métronome de la Turquie, et forme en compagnie de l’autre crack générationnel un tandem envié de tous.
Évoluant quant à lui sur le côté gauche, Kenan Yildiz n’est en effet jamais bien loin du joueur du Real Madrid. Principal détonateur de la ligne d’attaque, sa capacité à faire la différence est primordiale dans la recherche de verticalité. Capable d’écarter le bloc par des appels le long de la ligne ou de rentrer vers l’axe, il apporte un surplus de tranchant aux offensives des siens et s’adapte parfaitement à ses coéquipiers, bien entendu Güler mais également Kadioglu derrière lui.
S’il a récemment prolongé à la Juventus, l’enchaînement des rencontres était plus difficile en fin de saison, Yildiz donnant parfois l’impression de manquer de jus. Son sélectionneur l’a mis au repos lors des derniers amicaux, et espère pouvoir compter sur lui au mieux de sa forme dès l’ouverture de la compétition.

Ces deux postes sont bouchés, mais le côté droit est beaucoup plus ouvert. Güler pourrait l’occuper, ouvrant une possibilité à Can Uzun en tant que n°10, mais il reste préféré dans une position axiale. Les profils ne manquent pas : Baris Yilmaz, Oguz Aydin et Yunus Akgün pourraient y prétendre, et seront en concurrence pour un temps de jeu conséquent. Évoluant tous trois dans les clubs majeurs du pays, cette compétition se doit de rester saine dans l’intérêt collectif.
La pointe de l’attaque n’est pas soumise à ces réflexions, Kerem Akturkoglu s’étant depuis longtemps imposé comme le choix numéro un. Profitant du manque de concurrence sérieuse à son poste, l’ancien de Galatasaray aujourd’hui au Fenerbahçe était le titulaire tout au long de la phase qualificative. Double buteur d’entrée contre la Géorgie, il est par la suite resté muet jusqu’à la dernière rencontre de barrages contre le Kosovo, mais n’a que très peu été mis en cause. Au-delà des buts, ses appels dans la profondeur en font une arme de choix pour libérer l’espace à Yildiz ou Güler, et malgré une titularisation contre l’Espagne, Deniz Gül ne semble pas à même d’inquiéter le buteur de 27 ans.
Le sélectionneur
Absente de la Coupe du Monde depuis 2002 et éliminée en phases de poules de l’EURO 2016 puis 2020, la Turquie était depuis longtemps à la recherche de celui qui lui ferait retrouver le succès.
Sortant alors d’une expérience de deux ans du côté d’Adana Demirspor qui a vu le club glaner la première qualification européenne de son histoire, Vincenzo Montella n’en était pas à son coup d’essai.
Joueur important du Scudetto 2001 sous les couleurs de la Roma, le tacticien italien y entame sa carrière d’entraîneur en 2011. Remercié après une quinzaine de rencontres, il écrit entre 2012 et 2015 la plus belle page de sa carrière du côté de la Fiorentina. Trois fois quatrième en Serie A, il parvient également à emmener la Viola en finale de coupe nationale 2014, avant d’accrocher une demi-finale d’Europa League la saison suivante.
Il signe par la suite la première qualification européenne depuis quatre ans de l’AC Milan en 2016, ainsi qu’un quart de finale de Ligue des Champions sur le banc du FC Séville. Licencié du club andalou à la suite d’une série de neuf matchs sans victoire en Liga, cette expérience résume bien le profil de Montella.
Capable de relever des défis ambitieux, il a de nombreuses fois démontré son talent à emmener loin un groupe pas forcément taillé pour en coupe nationale. Jouant un rôle important dans l’éclosion des jeunes tout au long de son parcours, ces qualités convainquent la fédération turque de miser sur lui en 2023.

Reprenant les rênes de la sélection au milieu d’un parcours qualificatif irrégulier pour l’EURO 2024, Montella démontre très vite que les dirigeants ne se sont pas trompés, avec 3 victoires lors de ses 3 premières rencontres. Qualifiée, la sélection turque déjoue les pronostics en atteignant les quarts de finale de la compétition, prouvant une fois de plus la capacité du nouvel entraîneur à sublimer son groupe lors de tournois à élimination directe.
Après ce premier bel accomplissement, le défi était de qualifier à nouveau le pays en Coupe du Monde. Mission réussie malgré un parcours qualificatif qui n’a pas été de tout repos, mais son impact est visible au-delà des résultats sportifs. Mettant au centre du projet les plus gros prospects turcs, il ne dénature cependant pas la sélection, son 4-2-3-1 faisant la part belle à un jeu tourné vers l’offensive et ambitieux.
En Amérique, s’il sera difficile d’égaliser le meilleur résultat historique de la Turquie, Montella souhaitera prouver que la performance de 2024 n’était pas un cas isolé, et capitaliser sur sa réussite actuelle pour emmener à nouveau son groupe le plus loin possible.
Ambitions
Versée dans le groupe D en compagnie de l’organisateur américain, du Paraguay et de l’Australie, la Turquie peut viser la première place du groupe.
Les Etats-Unis n’arrivent pas au tournoi en confiance et n’ont pas démontré une réussite franche dernièrement face aux équipes européennes. Le Paraguay est une nation sous-estimée, mais dont la Turquie devrait disposer en réalisant un match sérieux, tout comme l’Australie.
Une fois les groupes passés, le premier du groupe D rencontrera l’un des meilleurs troisièmes en seizièmes, puis le premier du groupe G – a priori la Belgique – en huitièmes.
Un parcours à la hauteur des ambitions turques, pour une sélection qui souhaite remettre son pays sur la carte du football mondial.
