Matias Fernandez-Pardo : le bon choix au bon moment ?
De tous temps et de toutes les éditions, la Coupe du Monde a permis de mettre en lumière les jeunes talents de demain. Passant pour certains du statut d’espoir à surveiller à celui de joueur majeur courtisé par les plus grandes écuries, un Mondial réussi a de nombreuses fois changé la trajectoire de noms aujourd’hui ancrés dans l’histoire de notre sport.
Dans une édition à quarante-huit nations, certaines pourraient nous surprendre, et nous offrir les belles histoires des prochaines saisons.
Coup d’œil sur ces jeunes prêts à prendre leur destin en main.
Son cas a fait grand bruit ces derniers temps. Après une saison très réussie à Lille, Matias Fernandez-Pardo s’apprête à faire ses débuts sous le maillot belge. Pour y prendre un rôle important rapidement ?

Longtemps hésitant entre la sélection espagnole et l’équipe belge, Matias Fernandez-Pardo semblait même un temps privilégier un appel de La Roja.
Finalement convaincu par Rudi Garcia et Vincent Mannaert, il connaîtra ses premières sélections lors de la Coupe du Monde, et pourrait déjà occuper un rôle plus important que prévu.
Parcours
Né à Bruxelles, le jeune Matias choisit à l’âge de 9 ans de suivre la voie tracée par celui qui est aujourd’hui le plus grand joueur de l’histoire du pays, en intégrant le centre de formation du LOSC.
S’il y évolue aujourd’hui, il n’a cependant pas gravi les échelons de manière linéaire au sein du club nordiste. À l’été 2020, il rentre au pays et signe à La Gantoise pour y terminer sa formation. Ses débuts professionnels ont lieu en Flandre trois ans plus tard, à l’âge de 18 ans.
Dans un premier temps en retrait face à la concurrence de Gift Orban ou Hugo Cuypers, les départs du mercato hivernal ouvrent de nouvelles possibilités au jeune avant-centre.
Ses prestations avec la réserve plaisent au staff de l’équipe première, et il est lancé dans le grand bain dès la fin de la phase classique. Qualifiés pour les Europe Play-Offs, les Buffalos voient éclore son plein potentiel. Avec sept réalisations et deux offrandes en dix matchs, Fernandez-Pardo signe une fin d’exercice exceptionnelle, et il choisit de poursuivre sa trajectoire ailleurs à l’été.

Après une demi-saison comme professionnel, il signe au LOSC en août 2024 pour reprendre son histoire inachevée.
Il obtient un temps de jeu raisonnable dès le début de la saison, occupant principalement l’aile gauche de l’attaque. Sa première contribution décisive en novembre face à Nice est signe de son intégration réussie, mais une déchirure des ligaments de la cheville le prive d’un bon mois de compétition au retour de la trêve.
Prenant peu à peu sa place dans l’effectif lillois, il se montre à nouveau décisif en fin d’exercice – notamment contre Marseille et Lens – et montre qu’il compte se battre pour une place de titulaire.
À l’été, le départ de plusieurs offensifs tels que Jonathan David ou Edon Zhegrova semblent lui ouvrir de nouvelles possibilités, mais l’éclosion d’Hamza Igamane l’empêche d’exprimer ses qualités d’avant-centre. Encore très souvent utilisé sur les ailes, la blessure du marocain à l’hiver lui offre une opportunité, qu’il saisit pleinement.
S’il avait déjà obtenu un statut supérieur à celui de la saison précédente, il s’impose définitivement comme titulaire à partir du mois de janvier. Bruno Génésio profite de sa polyvalence, mais il est enfin aligné en pointe en fin de saison.
Sa résilience paie, et il rend à son entraîneur sa confiance avec 7 contributions importantes en fin d’exercice. Dans une saison en dent de scie, le LOSC termine sur le podium, et peut remercier son attaquant belge, qui figure à la fois parmi les meilleurs buteurs et les meilleurs passeurs de son club toutes compétitions confondues.
Mais son impact ne se mesure pas uniquement à son apport statistique. Sa capacité à occuper plusieurs postes rend de nombreux services à son équipe, et son profil énergique s’adapte aux besoins collectifs. Ne lésinant pas sur les courses de pression, il fait partie des joueurs de Ligue 1 ayant récupéré le plus de ballons, et son apport offensif se ressent à chaque rencontre. Élimination, placement, vision de jeu : Fernandez-Pardo progresse sur tous ces aspects, et s’inscrit désormais comme l’un des attaquants de référence dans le Nord de la France.
Encore trop enclin à hériter de cartes jaunes évitables et irrégulier sur la durée d’une saison, sa marge de progression est encore conséquente, mais laisse augurer le meilleur pour la suite.
En sélection
International belge dès les U15, le choix définitif de Matias Fernandez-Pardo s’est fait attendre. Né d’un père d’origine espagnole et d’une mère italienne, le jeune joueur n’avait que l’embarras du choix, et a longtemps hésité entre La Roja et les Diables Rouges.
Après un parcours jusqu’aux U19 belges, il reçoit en mars 2025 sa première convocation avec les espoirs espagnols mais doit la décliner en raison d’une blessure. La fédération championne d’Europe en titre revient à la charge à la fin du mois d’août, mais le joueur refuse à nouveau, mettant en avant son besoin de temps supplémentaire pour prendre une décision réfléchie.
Après les choix de Karétsas, Bounida ou encore Mokio, l’opinion publique belge pense que celui du joueur portera sur l’Espagne, lui-même restant très flou sur ses intentions. Mais à l’approche de la Coupe du Monde, les instances belges parviennent à le convaincre.

Fernandez-Pardo officialise sa décision le 12 mai dernier, à moins d’un mois du tournoi. Ses coéquipiers en clubs Nathan Ngoy et Thomas Meunier semblent avoir joué un rôle indirect d’ambassadeurs, mais c’est surtout l’intervention du duo Garcia-Mannaert qui a fait pencher la balance :
« Le déclenchement, c’est la discussion avec le coach (Rudi Garcia) et Vincent Mannaert. Ils m’ont vraiment convaincu sur le fait que je me sentais belge et que ma mentalité était davantage belge qu’espagnole. J’ai grandi et joué en sélection en Belgique jusqu’aux U19. Sans hésiter, j’ai dit oui directement. »
Pointé du doigt pour son manque de cohérence supposé entre ses propos passés et présents, il n’en reste pas moins qu’il est aujourd’hui international belge. Sélectionné pour la Coupe du Monde, préféré à certains profils, son sélectionneur a fait l’éloge de l’attaquant du LOSC – qui pourrait jouer dès cet été un rôle plus important que prévu.
Auteur d’une entrée convaincante en match amical contre la Croatie, il a démontré sur le terrain la pertinence de sa présence dans la liste. Très actif à la pression, juste dans ses passes, il s’est rapidement intégré à ses coéquipiers.
Son défi
À l’annonce de la liste, les choix de Garcia ont fait débat. Alors que Fernandez-Pardo n’avait jamais connu la sélection, d’autres joueurs testés par le passé sont restés sur le carreau.
Mika Godts, auteur d’une saison d’anthologie à l’Ajax et appelé en mars, verra le tournoi à la télévision. Romeo Vermant et Lucas Stassin, buteurs au profil intéressant et déjà sélectionnés également, connaîtront le même sort. Le jeune lillois devra donc prouver la pertinence de sa présence, que Garcia lui-même a justifié en conférence de presse par sa polyvalence ainsi que sa saison réussie en club.
Car si la Belgique repose sur une colonne vertébrale solide et connaît ses cadres, un doute subsiste à la pointe de l’attaque. Romelu Lukaku – meilleur buteur de l’histoire du pays – sort d’une saison quasi-blanche sous le maillot de Naples, marquée par les blessures et les problèmes extra-sportifs. Dans cette configuration, il arrivera en manque de rythme au Mondial et n’aura sans doute pas l’impact espéré. Son but face à la Croatie est facteur d’espoir et peut lui redonner confiance, mais il ne faudrait pas qu’il fasse oublier son entrée globalement difficile.
Lukaku a plusieurs fois donné l’impression de ralentir le jeu offensif via des approximations techniques et – malgré son statut – il aura à retrouver du rythme pour s’intégrer au collectif en place.
Fernandez-Pardo pourrait donc en profiter. Trop souvent cantonné à une aile en club, il aura là l’occasion de démontrer à nouveau ses qualités de buteur. À 21 ans, une Coupe du Monde réussie pourrait le voir figurer parmi les joueurs amenés à participer à la reconstruction de la sélection.
Les cadres historiques ne seront sans doute plus de la partie dans quatre ans, et il devra prouver qu’il peut devenir une option sérieuse au poste de buteur pour les prochaines échéances.
