Johan Manzambi : le nouveau visage de la Suisse

De tous temps et de toutes les éditions, la Coupe du Monde a permis de mettre en lumière les jeunes talents de demain. Passant pour certains du statut d’espoir à surveiller à celui de joueur majeur courtisé par les plus grandes écuries, un Mondial réussi a de nombreuses fois changé la trajectoire de noms aujourd’hui ancrés dans l’histoire de notre sport.
Dans une édition à quarante-huit nations, certaines pourraient nous surprendre, et nous offrir les belles histoires des prochaines saisons.
Coup d’œil sur ces jeunes prêts à prendre leur destin en main.

Alors qu’il s’est imposé comme l’un des meilleurs milieux de Bundesliga cette saison, Johan Manzambi pourrait dès cet été se faire une place avec la Suisse. Présentation de celui que toute l’Europe s’arrachera bientôt.

Ce mardi 19 mai, lors de l’annonce de Murat Yakin des 26 joueurs qui l’accompagneront à la Coupe du Monde, personne en Suisse n’a été surpris d’y voir figurer le nom de Johan Manzambi. 

Comptant une dizaine de sélections et malgré un secteur de l’entrejeu très concurrentiel, son profil atypique a rapidement convaincu les derniers sceptiques. Après une saison plus que réussie dans son club, le jeune milieu souhaitera cet été s’imposer au sein de son équipe nationale. 

Parcours

Formé initialement du côté de Servette, Manzambi accepte en 2023 l’offre du SC Freiburg et rejoint leur équipe U19 pour le grand saut vers l’Allemagne. 

Après une saison d’adaptation passée dans l’équipe B en troisième division, il intègre progressivement au début de l’exercice 2024-2025 le groupe professionnel. Évoluant toujours avec la réserve au cours des premiers mois, il fait ses premiers pas en janvier, et convainc peu à peu son entraîneur de lui octroyer un temps de jeu plus conséquent. 

Le 12 avril, il fait son entrée à un quart d’heure du coup de sifflet final face au Borussia Mönchengladbach, et inscrit le but victorieux dans les ultimes instants. Cette prestation lui offre une première titularisation lors de la rencontre suivante contre Hoffenheim. Cette fois passeur décisif sur l’ouverture du score, il gagne sur le terrain ses galons de titulaire, et termine la saison sous ce statut. 

Fribourg échoue à la cinquième place du championnat lors de la dernière journée après en avoir longtemps occupé la quatrième, mais égale son meilleur classement historique et retrouve l’Europa League. 

Ayant pleinement convaincu Julian Schuster, il entame le nouvel exercice dans la peau d’un titulaire. 

Une dizaine d’apparitions ont suffit à faire de Manzambi le nouveau taulier

Se décrivant lui-même comme un joueur « flexible », à même d’évoluer « en 6 ou en 10 », il profite de cet atout pour s’imposer. Dans le 4-2-3-1 fribourgeois, Manzambi est aligné selon les besoins. Démarrant la saison comme milieu de terrain, il est régulièrement placé plus haut par son entraîneur, sa justesse technique ainsi que sa tendance au contre-pressing en faisant un soutien intéressant à l’attaquant. 

Son profil complet et énergique s’adapte au poste qui lui est confié, et le jeune suisse s’accommode de cette situation. Milieu reculé ou offensif, attaquant de soutien voire même ailier sur certaines séquences, Manzambi fait chaque rôle sien, et se montre même de plus en plus décisif. 

Deux fois buteur contre le Bayern et auteur de cinq passes décisives en Bundesliga, il est l’un des artisans majeurs de la nouvelle belle saison de son club. Impliqué dans au moins un but lors de chaque tour à élimination directe d’Europa League, sa capacité à gratter des ballons hauts, doublée de sa formidable vision de jeu en font un redoutable adversaire aux abords de la surface. 

Milieu de formation, Manzambi s’est peu à peu adapté aux besoins de son collectif pour en devenir l’un des principaux artificiers, sa frappe de loin étant également à même de débloquer des situations tendues. 

Septième au soir de la 34e journée, Fribourg ne parvient pas à égaler son dernier classement, mais impressionne pour sa troisième participation européenne sur les quatre dernières saisons. 

Éliminés en huitièmes de finale en 2022-2023 et 2023-2024, les hommes de Schuster sont cette fois auteurs d’un parcours d’anthologie. En phase de ligue, un penalty inscrit par Olivier Giroud à la 92e minute du dernier match les prive d’un parcours invaincu mais ne change rien à leur qualification dans le top 8. 

Disposant du KRC Genk (5-2) puis du Celta Vigo (6-1), les allemands se heurtent à Braga en demi-finales, battus en terres portugaises lors du match aller. 

Mais décidés à rallier la première finale européenne de l’histoire du club, ils prennent la manche retour à leur compte et renversent la tendance. Buteur dans cette rencontre, Johan Manzambi pourrait donc rejoindre sa sélection auréolé d’un titre européen en s’imposant contre Aston Villa en finale. 

En sélection

Sélectionné pour la première fois en juin 2025 à l’issue de sa première saison réussie en Allemagne, Johan Manzambi a convaincu son sélectionneur de l’emmener à la Coupe du Monde. 

Entré dans le dernier quart d’heure face au Mexique, il donne raison à Murat Yakin dès sa première titularisation en match amical contre les Etats-Unis. Buteur et passeur décisif, il s’inscrit comme un artisan majeur de la victoire 0-4 au poste d’ailier droit. Cette prestation, doublée d’un début de saison tonitruant, permet au jeune suisse de faire partie du groupe en qualifications pour la Coupe du Monde, qu’il dispute avec réussite. 

S’il n’est aligné qu’une fois comme titulaire, ses entrées en jeu face à la Suède (aller et retour) ajoutent deux nouvelles passes décisives à son compteur, et les observateurs comprennent rapidement que le « Jeune joueur suisse de l’année 2025 » sera de la partie cet été. 

Un numéro de maillot annonciateur ?

Cette arrivée en équipe nationale n’est pas à minimiser. La Suisse possède en effet un vivier important au milieu, que le profil et les qualités du joueur de Fribourg sont à même de sublimer. Profitant de sa formidable polyvalence, Murat Yakin a très vite intégré son nouveau joyau, qui lui offre de nouvelles possibilités tactiques. 

Granit Xhaka étant l’un des premiers noms alignés, une seule place reste à prendre au milieu dans le 3-4-2-1 suisse, pour pléthore de noms et de profils possibles. 

En tête de liste, Remo Freuler participera cet été à son cinquième tournoi majeur. Avec 86 sélections, il devance Denis Zakaria et ses 63 rencontres disputées sous le maillot rouge, toujours aussi important malgré un temps de jeu limité du côté de Bologne cette saison. Freiné par les blessures, le capitaine de l’AS Monaco n’a quant à lui disputé que deux rencontres qualificatives, mais sera du voyage aux Etats-Unis, ayant notamment été testé comme défenseur central en amical contre la Norvège. 

Adepte de l’expérience, Yakin compte également sur la présence de Djibril Sow et Michel Aebischer dans son groupe, qui seront dans leur style respectif des profils utiles et habitués des grandes compétitions internationales. 

Espoir important du football local mais freiné dans sa progression depuis son arrivée au Milan AC, Ardon Jashari est également sélectionné, mais il ne semble pas avoir les faveurs de son sélectionneur. Victime d’une fracture du péroné en début de saison, il n’était pas remis à temps pour disputer la phase qualificative, ce qui pourrait jouer en sa défaveur au Mondial. 

Avec six noms pour deux places, difficile d’imaginer un temps de jeu conséquent pour Manzambi au milieu. Cependant, sa capacité d’adaptation à chaque poste pourrait lui être bénéfique. Si Dan N’Doye sera titulaire sur l’un des côtés, la ligne d’attaque de la Nati reste moins fournie que son milieu de terrain. 

Zeki Amdouni a régulièrement été aligné comme ailier, mais devrait arriver en manque de rythme. Victime d’une rupture du ligament croisé, il n’a effectué son retour à la compétition qu’au début du mois de mai en Premier League. 

Noah Okafor pourrait également prétendre à des minutes à ce poste, mais il est une solution de remplacement privilégiée dans l’axe et n’a pas participé aux phases qualificatives. Le principal concurrent à Manzambi dans ce secteur risque donc d’être Ruben Vargas, titulaire lors de chaque grand tournoi ces dernières années et à nouveau lors du parcours qui a emmené la Suisse à la Coupe du Monde.

Son défi

Malgré une trajectoire éclair et des temps de passage précoces, Johan Manzambi a encore du chemin à parcourir avant de prétendre à un rôle de titulaire en équipe nationale. 

Si la Coupe du Monde est devenu un objectif personnel dès sa signature à Fribourg, celui qui confie vouloir repartir du tournoi avec « au moins une passe décisive » devra prouver sa valeur. Au milieu ou en position offensive, Manzambi aura à cœur de saisir chaque opportunité. 

Car si les médias suisses considèrent cette sélection comme la meilleure que le pays ait jamais produite, les tauliers d’aujourd’hui laisseront peu à peu leur place au cours des prochaines années. Xhaka et Freuler auront tous deux dépassé les 34 ans au début de la saison prochaine, et la paire Sow-Aebischer a elle aussi vécu ses meilleures années. À bientôt 30 ans tout comme Denis Zakaria et malgré l’appétence de Yakin pour l’expérience, Manzambi pourrait donc rapidement s’imposer comme le renouveau de l’entrejeu suisse. 

Bientôt l’heure du passage de flambeau ?

Des minutes lui seront accordées au cours de la compétition, comme homme de base ou via des entrées en jeu. Dans cette deuxième configuration, le joueur de Fribourg a déjà démontré sa capacité à se montrer décisif, et devra élever son niveau de jeu à la mi-juin. 

Avec une Coupe du Monde réussie et un probable transfert dans un grand club à venir, rien ne semble pouvoir empêcher Johan Manzambi de devenir le nouveau visage de la sélection suisse. Sa polyvalence pourrait lui permettre de s’imposer, mais il devra être attentif à ce que l’ambition ne dépasse pas la raison. 

Sixième sélection la plus âgée des équipes européennes qualifiées pour le tournoi, la Suisse devra prochainement faire peau neuve. Au vu de son début de carrière, Manzambi pourrait y jouer un rôle important, et la Coupe du Monde cet été sera le premier vrai test dans la recherche de cet objectif. 

À lui de démontrer sa solidité, pour devenir dans les prochaines années la figure de proue d’une Suisse remaniée.