Comment Bodo-Glimt s’est qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions

Vainqueur mardi soir de l’Inter au Meazza, le FK Bodo Glimt s’est qualifié pour la première fois de son histoire pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Auteurs d’une double confrontation mémorable, les norvégiens poursuivent leur montée en puissance sur la scène européenne, et démontrent qu’il est toujours possible de rêver dans le football moderne.
Mais avant d’éliminer le finaliste de la dernière édition, la route a été longue pour Bodo. Replongeons nous aujourd’hui dans l’histoire de ce club si particulier, de la deuxième division norvégienne aux plus hautes sphères du football européen.
Historique
Fondé en 1916, le FK Glimt devra cependant attendre 1963 pour disputer pour la première fois la coupe de Norvège, qu’ils remportent en 1975. L’année suivante, le club devient le premier du nord du pays à accéder à l’élite nationale, dont ils terminent directement vice-champion. Ces belles années ne dureront pas, puisque Glimt est relégué dès 1980, avant de chuter en troisième division.
En 1992, le club désormais nommé FK Bodo-Glimt retrouve l’élite, et les années 90 sont faites de succès nationaux. Le tournant des années 2000 est cependant difficile : les relégations et promotions s’enchaînent, jusqu’en 2017.
L’année 2018 marque le changement majeur de l’histoire moderne du club. Kjetil Knutsen – encore en place aujourd’hui – est nommé entraîneur principal, et ne va pas tarder à faire bouger les choses. Exit le football kick and rush prôné jusqu’alors, le nouvel homme en charge opte pour un 4-3-3 joueur, et basé sur l’identité locale.

À contre-courant des millions investis à travers l’Europe, Bodo-Glimt mise en effet sur un fort ancrage régional. La formation des joueurs norvégiens devient la priorité, non pas dans un objectif de plus-value, mais pour qu’ils deviennent les joueurs professionnels de demain. La patte Knutsen est rapidement adoptée, et tout le club se met au diapason de la nouvelle mentalité joueuse qu’il prône. L’argent engrangé est réinvesti dans les structures du club, et Bodo récolte rapidement les fruits de son travail.
Champions dès 2020, ceux que l’on surnomme La Horde Jaune profitent pleinement du changement majeur qui surviendra l’année suivante. En 2021, les droits télé du championnat norvégien quadruplent, bénéficiant directement aux clubs. Bodo reste fidèle à ses valeurs, et réinvestit massivement dans la formation, notamment via l’achat d’une ancienne auto-école de la région, qui devient le nouveau centre de formation des entraîneurs d’équipe de jeunes.
À chaque échelon, dans chaque catégorie d’âge, la même mentalité et la même vision du football sont désormais implémentées. Bodo ne profite pas de son nouveau statut de champion pour attirer des stars, mais poursuit son plan à long-terme. Les événements leur donnent raison, car le club est à nouveau sacré en 2021, 2023, et 2024.
À la conquête de l’Europe
Ces succès nationaux amènent irrémédiablement Bodo à disputer les coupes d’Europe, nouveau défi de son développement. Située au-delà du cercle polaire, l’équipe part avec l’avantage de rendre les déplacements difficiles à leurs adversaires.
L’AS Roma sera le premier grand club européen à en faire les frais. Invaincus au cours des phases de groupe (3 victoires – 3 nuls), les norvégiens finissent second de leur poule d’UEFA Conférence League derrière les romains, mais leur infligent une cinglante défaite 6-1 dans leur stade d’à peine 8000 places, envoyant d’ores et déjà un message fort aux autres cadors de la compétition.
Vainqueurs du Celtic puis de l’AZ Alkmaar aux tours suivants, leur parcours s’arrête finalement face à cette même Roma en quarts, mais Bodo-Glimt n’a pas à rougir de sortir face au futur vainqueur de la compétition.
En parallèle de sa montée en puissance sur le plan national, Bodo continue sa progression européenne, disputant à plusieurs reprises les tours préliminaires d’Europa League et de Ligue des Champions. À l’image de son projet global, le club gravit les échelons progressivement et sans brûler les étapes, ce qui les mène au parcours de la saison dernière.

Éliminé en barrages de Ligue des Champions, Bodo termine à la neuvième place de la phase de ligue, aux portes de la 8e, directement qualificative pour les huitièmes de finale d’Europa League.
Un moindre mal pour les norvégiens, qui disposent de Twente puis de l’Olympiakos au tour suivant. En quarts, la Lazio leur donne du fil à retordre, mais Bodo-Glimt s’impose aux tirs au but, et devient par la même occasion le premier club norvégien à rallier une demi-finale européenne. La marche sera trop haute face aux Spurs, mais le club du nord a réussi son pari : en 8 ans et en restant invariablement fidèle à ses valeurs, il est passé d’un statut de promu en première division norvégienne, à une équipe demi-finaliste de coupe d’Europe.
2025-2026 : le verdict de la Ligue des Champions
Le succès du FK Bodo-Glimt cette saison est donc tout sauf le fruit du hasard. Fidèle à ses principes et dans une dynamique d’évolution constante, le club a désormais laissé une empreinte indélébile en éliminant l’Inter. Mais cette réussite était loin d’être prévisible il y a de cela quelques mois.
Premier club norvégien à atteindre la phase de ligue depuis 2007, une toute nouvelle adversité attend la Horde Jaune.
Le début de parcours est encourageant, avec des matchs nuls arrachés à Prague face au Slavia, et pour leur première en Ligue des Champions sur leurs terres, contre les Spurs. Un score final de 2-2, porteur d’espoir les hommes de Knutsen, car témoin de leur évolution depuis la demi-finale d’Europa League.
Mais les choses se sont ensuite corsées, et le manque d’expérience de l’équipe à ce niveau de compétition s’est fait ressentir. Défaits à Galatasaray, puis contre Monaco, Bodo aurait pu se relever lors de la cinquième journée contre la Juventus, mais un but en toute fin de match de Jonathan David en a décidé autrement.
Avec deux points sur quinze possibles à ce moment-là, la marche de la Ligue des Champions semblait être trop haute pour le club norvégien. Mais au début de l’année civile, le vent a tourné. Alors que les trois dernières rencontres ressemblaient au dernier clou de leur cercueil, les résultats en ont décidé autrement.
Profitant une nouvelle fois de leur situation géographique, Bodo a bénéficié d’un avantage non négligeable sur leur fin de parcours, celui de ne jouer que les rencontres de Ligue des Champions. Le championnat norvégien se déroulant d’avril à novembre en raison des conditions climatiques, celui-ci était terminé au moment d’aborder les trois dernières rencontres, ce qui a permis à cette équipe de n’avoir que celles-ci sur lesquelles se concentrer.
À Dortmund, les norvégiens empêchent le BVB d’accrocher une place dans le top 8, en égalisant à chaque but adverse. Un point glané dans un match plein de caractère, où la solidarité collective ainsi que le plan de jeu millimétré ont permis à nouveau à Bodo de rêver, avant d’entamer les deux rencontres les plus prestigieuses de son histoire.

Pour l’avant-dernier match de cette campagne de Ligue des Champions, Manchester City faisait le déplacement au cercle polaire, et cette rencontre a marqué les observateurs. Car si City a dominé en termes de possession, Bodo est habitué à subir. L’organisation défensive, notamment sur la protection de l’axe, a posé problème aux hommes de Guardiola, incapables de développer leurs combinaisons habituelles. Pris à froid grâce aux deux buts norvégiens marqués coup sur coup aux alentours de la 20e minute, les Citizens ne parviendront à percer leur mur arrière que trop tard, et s’inclinent finalement 3-1. Dans la lignée de la journée précédente, Bodo a été ce soir-là la meilleure équipe sur le terrain, pour accrocher le plus grand résultat de son histoire.
Leur victoire aurait d’ailleurs pu être plus large encore, avec deux buts annulés pour hors-jeu. En conférence d’après-match, Guardiola lui-même reconnaît la supériorité de leurs adversaires du soir :
« On n’avait pas Jeremy [Doku], ni Savinho, ni de vrais ailiers, et dans d’autres secteurs, il nous manque beaucoup de joueurs importants qui ne sont pas là et nous donnent davantage de régularité que celle qu’on a, mais je n’ai pas eu le sentiment que l’équipe n’était pas au rendez-vous.
« Ils sont bien organisés, ils t’obligent à jouer sur les côtés, et nous n’avons pas les joueurs pour faire du un-contre-un et créer des situations dans le dos. Globalement, ils sont vraiment bons, donc félicitations à eux. »
À une journée de la fin, le FK Bodo-Glimt décroche sa première victoire, et ne compte pas faire de celle-ci un feu de paille. Pour la dernière rencontre de phase de ligue, un déplacement au Metropolitano attend Bodo, pour rêver à une qualification.
Sans avoir l’avantage du terrain cette fois, les norvégiens subissent, mais à nouveau meilleurs dans la gestion des momentum de la rencontre, ils arrachent une seconde victoire de prestige, pour se qualifier pour la première fois en phase finale de Ligue des Champions.
L’Inter était prévenu : Bodo Glimt ne doit pas être sous-estimé. Si les résultats sont décevants dans les rencontres à leur portée, la donne est différente face aux plus grands clubs. Le nul aurait pu être arraché contre la Juventus, l’a été face à Dortmund, et les deux victoires des dernières rencontres ont confirmé leur capacité à remporter un match en étant dominés.
La force d’un collectif
Avec une identité norvégienne, un collectif rodé grâce aux années passées ensemble, et un plan de jeu identique depuis bientôt 10 ans, le FK Bodo-Glimt s’est imposé comme la surprise de la saison, et pourra rêver plus grand en huitièmes de finale.
Plus aucune équipe européenne ne devrait douter d’eux, car face aux norvégiens encore plus qu’ailleurs, dominer n’est pas gagner. Se baser sur la situation de leurs adversaires (effectif de City décimé, prestations en dent de scie de l’Atlético cette saison, équipe vieillissante à l’Inter) serait une erreur d’analyse.

Les victoires de prestige de ces derniers mois l’ont été grâce à la force de leur collectif. Si certaines individualités ont brillé (Hogh, Hauge ou Haikin pour ne citer qu’eux), c’est bien en équipe que Bodo trouve sa force. Le plan de jeu de Knutsen repose sur une défense solide et une capacité d’explosion en transition dévastatrice. Lorsque l’on regarde cette équipe, il est clair que chaque joueur connaît son rôle. Habitués à évoluer ensemble, les connexions sont fluides, les transitions efficaces, et les buts suivent.
Dominé, Bodo-Glimt est d’autant plus dangereux. Les victoires des dernières semaines ne doivent pas être prises à la légère, la confiance règne et le club peut se concentrer uniquement sur la Ligue des Champions. En huitièmes de finale, leur prestation sera à surveiller de près. L’Europe est prévenue : attention à Bodo-Glimt.
