Premier League : Les promus sont-ils déjà condamnés ?
Depuis deux saisons, les promus de Premier League descendent automatiquement. En sera t’il différent cette saison pour Burnley, Leeds et Sunderland ?

Article écrit le 30-08-2025
Dans une Premier League toujours plus compétitive, il est difficile pour certains clubs plus modestes d’assurer à long terme leur place dans l’élite. Cette réalité est d’autant plus vraie pour les équipes promues. Depuis deux saisons, le même constat se réalise : les trois montants redescendent aussitôt à l’échelon inférieur. Luton Town, Southampton, Leicester, et d’autres encore ont connu une descente aussi rapide que leur montée.
Cette année, Leeds, Burnley et Sunderland sont les trois élus. Sont-ils déjà condamnés ? Quelle sera leur approche pour se maintenir au plus haut échelon du football anglais ? Analysons aujourd’hui ces trois équipes, et essayons de déterminer qui sortira le mieux son épingle du jeu.
Contexte de la montée
Burnley et Leeds ont tous deux connu une saison 2024-2025 de Championship impressionnante. Promus directement sans passer par les barrages, les deux clubs ont réalisé l’exploit de finir à 100 points chacun, à égalité donc en tête du championnat. Leeds a remporté le trophée sur une différence de 12 buts par rapport à son dauphin. Dans un championnat se jouant à 24 équipes, les Clarets de Scott Parker et les Peacocks de Daniel Farke ont clairement survolé leur sujet, et ont démontré tout au long de la saison que le Championship était peut-être trop petit pour eux. Les deux clubs n’auront d’ailleurs passé respectivement qu’un et deux ans dans l’antichambre de la Premier League.
Le parcours de Sunderland a été plus compliqué. Quatrième à l’issue de la saison régulière, les hommes de Régis Le Bris ont dû passer par les barrages pour accéder à la montée. Et quels barrages ! Adversaires de Coventry City en demi-finale, les Black Cats accrochent la victoire à la 88e minute du match aller. Au retour, ils ne sont à nouveau pas en position favorable, mais accrochent le but égalisateur au bout du temps additionnel (122e minute de jeu) et passent en finale. À Wembley face à Sheffield United (troisième de la saison régulière), le but de la victoire est à nouveau inscrit dans les tous derniers instants du match par le biais de Watson, à la 95e minute de jeu. Après des saisons de galère, perdus jusqu’en D4, Sunderland rend enfin fier ses supporters, et retrouve l’élite pour la première fois depuis la saison 2016-2017.
Burnley : Bis repetita ?
Burnley le sait : une saison exceptionnelle de Championship n’assure en aucun cas un avenir brillant en Premier League. Lors de la saison 2022-2023, l’équipe emmenée alors par Vincent Kompany avait fini à la première place de Championship avec 101 points, pas loin donc de la performance de la saison dernière. Ce qui ne les a pas empêchés de redescendre dès la saison suivante, le club ne parvenant à accrocher que 5 victoires sur la saison en première division. Kompany avait d’ailleurs quitté le club dans la foulée, remplacé par Scott Parker.
Pour éviter une nouvelle désillusion, le plan de Burnley est clair : refaire ce qui a été réalisé en Championship, en mieux. Pour ce faire, il était important de garder la base qui leur a fait gagner l’an dernier. De ce fait, seuls James Trafford et CJ Egan-Riley ont quitté le navire. Le jeune gardien était depuis longtemps courtisé par de plus grands clubs, et les 31 millions d’euros déposés par Manchester City sur la table des négociations ont convaincu ses dirigeants de le laisser partir. Le défenseur central, vainqueur cet été de l’Euro U21 avec l’Angleterre, a quant à lui quitté Burnley libre pour rejoindre l’Olympique de Marseille. Les Clarets ont donc su conserver leur colonne vertébrale, et ont renforcé l’équipe de manière significative.

Leur stratégie de recrutement s’est articulée selon trois axes : recrutement de joueurs d’expérience (Walker, Dubravka), prise de gros espoirs barrés par la concurrence dans de plus gros clubs (Ugochokwu, Broja, Humpreys, tous les trois pris à Chelsea) et acquisition d’opportunités de marché intéressantes (Marcus Edwards du Sporting Portugal pour 10 millions, Axel Tuanzebe libre, etc.).
Cette stratégie leur a permis notamment de renforcer des postes clés à chaque ligne, mais aussi de garder une osmose de vestiaire. Les joueurs recrutés cet été sont pour la plupart soit déjà passés par la Premier League, soit anglais, soit les deux. Un recrutement intelligent et bien ciblé, permettant d’acquérir en un été une connaissance du plus haut échelon du football anglais, plus que bienvenue pour un promu.
Burnley ne se fait pas d’illusions : l’ultra-domination de la saison passée en deuxième division ne se reproduira pas cette année. Le club mise donc sur un groupe solide et expérimenté, et sur une défense organisée. Face à Liverpool en quatrième journée de championnat, les champions en titre ont d’ailleurs rencontré bien des difficultés à percer leur bloc bas, et le point du match nul aurait sans doute été mérité pour les pensionnaires de Turf Moor. Rien de révolutionnaire pour une équipe promue que de compter principalement sur une défense solide, mais cette équipe démontre également une belle force de caractère. Ils se sont battus jusqu’au bout également lors de la défaite 3-2 à Old Trafford, où ils ont d’ailleurs pu faire très mal à une équipe de Manchester United en crise. Avec une image aussi positive renvoyée face aux grosses écuries de Premier League, nul doute qu’ils sauront développer du jeu et accrocher des victoires dans les rencontres plus abordables, comme celle acquise face à Sunderland (2-0) en deuxième journée.
Leeds : Objectif stabilité
Le champion en titre de deuxième division, Leeds, retrouvera la Premier League deux ans après leur dernier passage. Depuis, de nombreuses choses ont évolué au sein du club. Au moment de la relégation, Daniel Farke a pris ses fonctions avec un objectif clair : faire remonter les Peacocks le plus rapidement possible au plus haut échelon. Pour ce faire, l’effectif avait été remodelé intelligemment. Bien entendu, les ventes sont inévitables pour un club redescendant d’un échelon, mais celles-ci n’avaient pas chamboulé totalement l’effectif, le seul départ important ayant été celui de Tyler Adams. Pour se relancer, l’effectif avait été basé sur la jeunesse (Archie Gray, monté depuis les équipes de jeunes, ou Georginio Rutter par exemple), et sur des transferts peu onéreux de joueurs à relancer (Ethan Ampadu pour 8 millions d’euros à l’époque, titulaire dans la défense centrale actuelle).

Aujourd’hui de retour dans l’élite, Leeds mise sur la stabilité. Avec Farke toujours aux manettes, aucun départ majeur n’a été enregistré cet été, et le club a investi la belle somme d’argent toujours versée aux promus avec une stratégie claire. L’ensemble des joueurs recrutés ont entre 25 et 28 ans, et étaient déjà dans un club du big 5 européen la saison passée. En outre, aucune recrue n’a coûté plus de 20 millions en indemnité de transfert. Un recrutement ciblé et intelligent, à l’image du pack Bournauw-Nmecha de Wolfsburg qui a coûté 6 millions au total, ou la prise de Dominic Calvert-Lewin, joueur fragile mais ayant une grande expérience de la Premier League, libre.
Leeds joue donc le jeu de la sécurité et de la stabilité, ne changeant pas radicalement leur manière de gérer leur mercato malgré la montée. Cela leur permettra de conserver leur idée de jeu et leur structure, malgré l’arrivée de joueurs importants à chaque ligne. Chacun de ses joueurs a pour lui l’expérience d’au moins un championnat du top 5 européen. Certains voudront relancer leur carrière à l’instar d’Ampadu à l’époque (Okafor, Nmecha, Calvert-Lewin), d’autres souhaiteront prouver qu’ils ont les épaules pour le championnat le plus compétitif du monde (Perri venu de l’OL, Stach d’Hoffenheim, ou encore Bijol de l’Udinese). Chacun aura donc ses raisons de montrer l’étendue de ses qualités sous le maillot de Leeds, ce qui pourra apporter un plus d’envie, toujours bienvenu dans une équipe qui risque de subir l’adversité dans certaines rencontres.
Les pensionnaires d’Elland Road ont d’ailleurs démontré de belles choses sur le début de saison, malgré la gifle reçue 5-0 face à Arsenal. Une victoire en première journée face à Everton et un match nul accroché lors de la réception de Newcastle sont des résultats encourageants. Mais pour survivre en Premier League, Leeds devra se montrer régulier, et accrocher des points lorsque l’occasion se présentera, sans rougir face aux plus grands clubs du championnat.
Sunderland : La surprise ?
Le cas de Sunderland est sans doute celui qui a fait le plus parler cet été. Montés via des barrages où ils ont dû se battre jusqu’au bout, et absents de la Premier League depuis 2017, les Black Cats sont de retour dans l’élite.
La descente aux enfers fut rude, Sunderland étant descendus jusqu’en 4e division anglaise, mais depuis le rachat du club par Kyril Louis-Dreyfus en 2021, le club a entamé une lente reconstruction, les amenant désormais dans l’élite du football anglais.
Contrairement à Burnley et Leeds, la promotion en Premier League fut difficile, et le contexte de leur accession est différent également. En effet, là où les deux autres clubs ont été habitués ces dernières années à faire l’ascenseur entre les deux premières divisions, ce n’est pas le cas de Sunderland qui, en remontant des tréfonds des championnats professionnels anglais, n’emmène pas dans son groupe une grande expérience du plus haut niveau.
Cette opposition semble aussi se transmettre dans la stratégie visée pour se maintenir. Là où Burnley et Leeds misent sur une stratégie de continuité et d’expérience, Sunderland s’est durant l’été énormément renforcé à toutes les lignes, avec des jeunes joueurs, parfois chers mais toujours prometteurs. Pour n’en citer que quelques-uns : Robin Roefs, qui a été titulaire lors des premiers matchs de la saison, gardien de 22 ans pris au NEC Nijmegen, ou Talbi et Sadiki, tous deux pris en Belgique, à Bruges et l’Union Saint-Gilloise, pour 40 millions le pack.
Mais les dirigeants n’ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier, en misant sur des joueurs à relancer, à l’image des autres clubs promus. Parmi ceux-ci, Nordi Mukiele, pris au PSG, ou Brian Brobbey et Simon Adingra, deux jeunes joueurs qui étaient en perte de vitesse, respectivement à l’Ajax et à Brighton.
Pour compléter cette campagne de recrutement chargée, expérience et leadership étaient nécessaires. Omar Alderete, défenseur central très expérimenté de Liga, viendra cocher l’une de ces cases quand Habib Diarra, jeune capitaine de Strasbourg la saison passée, pourra apporter l’autre. Mais le plus gros coup réalisé par la direction des Black Cats cet été est sans conteste Granit Xhaka. Le capitaine du Bayer Leverkusen champion d’Allemagne en 2024 viendra apporter son expérience du plus haut niveau et de la Premier League, son leadership, et une grande maturité parmi tous ces jeunes joueurs atterris cet été. Il a d’ailleurs directement pris le brassard, dès la première journée de championnat.

Mais que reste-t-il alors de l’effectif d’origine ? Ce même effectif qui a permis l’accession à la Premier League ? Autant de changement permettra-t-il à Sunderland de maintenir une continuité ?
Pour répondre à ces questions, commençons par dire que le joueur le plus important de ces dernières saisons, Jobe Bellingham, a fait ses valises direction Dortmund pour suivre les traces de son frère. Le buteur du but de l’accession, Tom Watson, a lui aussi quitté le navire direction Brighton, même s’il était bien moins important dans cette équipe que Bellingham.
Pour le reste, les Français Régis Le Bris, coach ayant permis au club de passer un palier en termes de jeu proposé et d’accéder à l’élite, et Enzo Le Fée sont restés. Le milieu de terrain est d’ailleurs toujours titulaire en tant que meneur de jeu en ce début de saison, derrière Mayenda ou Isidor, deux jeunes avants centres, qui eux aussi étaient déjà présents la saison passée.
Avec un mercato aussi agressif, on peut également considérer que l’effectif avait besoin de renforts. Pour rappel, Sunderland est sorti des barrages sur des victoires arrachées au bout du temps additionnel, et n’étaient pas comme les deux autres clubs considérés comme trop gros pour le Championship. Un renforcement global semblait être nécessaire, mais reste à savoir si un équilibre pourra être trouvé dans cette équipe.
Pas les seuls en danger
Mais dans un championnat toujours plus relevé, les promus ne sont pas les seuls clubs qui auront pour objectif de se maintenir cette saison. Bien qu’il soit difficile aussi tôt dans la saison d’identifier de réels prétendants à la descente, certains clubs semblent tout de même présenter des fragilités.
Wolverhampton, club à une époque pas si lointaine sérieux outsider en haut de tableau, peine à retrouver sa réussite d’antan. Seizièmes du dernier exercice, les Wolves avaient dû attendre la onzième journée pour décrocher leur première victoire, et peu d’éléments permettent d’espérer mieux pour eux cette année. Deux de leurs joueurs les plus importants de ces dernières années ont quitté le navire cet été, Cunha et Aït-Nouri. Dans le sens des arrivées, malgré la présence sur le front de l’attaque du très courtisé Strand Larsen, les autres prises semblent peu correspondre au standing d’un club de Premier League, ayant été recrutées principalement dans des clubs en difficulté des 5 championnats majeurs, ou en dehors de ce top. Difficile donc de les voir faire mieux que la saison passée.
Le début de saison de West Ham est également inquiétant. Les vainqueurs de la Conférence League 2022-2023, 14e de Premier League à l’issue du dernier exercice, ont démarré leur saison par de lourdes défaites, 3-0 à Sunderland en ouverture, puis 1-5 face à Chelsea. À cela s’ajoute une défaite également en League Cup face à Wolverhampton. Les supporters n’étant déjà pas emballés par le jeu de Graham Potter la saison passée, cela ne risque pas de s’améliorer, deux de leurs plus grosses prises ayant été réalisées cet été chez des clubs relégués (Hermansen à Leicester, Fernandez à Southampton), et le troisième dans le championnat tchèque (El Hadji Malick Diouf).
Parmi les mentions honorables, nous pouvons aussi citer Everton, en grande difficulté ces dernières années et passés très proche de la relégation en 2023-2024, mais qui semble retrouver des couleurs en ce début d’exercice. Tout le contraire d’Aston Villa, qui après avoir atteint les quarts de finale de la Ligue des Champions la saison passée, n’a pas su marquer un seul but sur les quatre premières journées de championnat. Nottingham Forest peut également être cité, malgré leur qualification européenne, le club a été le premier à remercier son entraineur après seulement 3 journées de Premier League, et la stabilité ne semble pas de mise sous l’égide du président Evangelos Marinakis.
Une bataille à suivre de près
La Premier League est sans conteste aujourd’hui le championnat le plus relevé du football mondial. Chaque année, la course à l’Europe déchaîne les passions et fait couler beaucoup d’encre, mais nous avons vu aujourd’hui qu’en bas de classement, les enjeux peuvent être tout aussi importants. Chaque point sera bon à prendre, et la concurrence sera rude pour maintenir tout au long de la saison un niveau suffisant pour espérer, en mai, garder sa place dans l’élite.
Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour se permettre un pronostic clair. Leeds, Burnley et Sunderland voudront briser la logique de l’ascenseur, et ont chacun développé un projet clair pour parvenir à cet objectif. Aucun de ces clubs ne viendra faire de la figuration dans l’élite.
