Premier League : Comment le cas Aaron Anselmino illustre la politique BlueCo
Prêté en début de saison au Borussia Dortmund, Aaron Anselmino commençait à y trouver un rythme, mais il a fait les frais de la politique du groupe BlueCo.
Analysons aujourd’hui ce que les mouvements imposés à ce joueur disent de la gestion de Chelsea.

En difficulté défensive depuis le début de la saison, Chelsea a décidé de remédier à son problème de profondeur en ce mercato d’hiver.
Décidés à se réarmer en vue de la deuxième partie de saison, les Blues ont notamment rappelé de prêt Mamadou Sarr, auteur de prestations de haut vol à Strasbourg et d’une CAN impressionnante cet hiver.
Mais cette décision organisationnelle a des conséquences, et notamment sur Aaron Anselmino, jeune défenseur central appartenant au club londonien.
Retour sur l’une des opérations mercato les plus controversées de ces dernières années.
Présentation du joueur
Aaron Anselmino est un défenseur central argentin de 20 ans, droitier, formé du côté de Boca Juniors. Arrivé dans le groupe professionnel du club de Buenos Aires en 2024, ses très bonnes prestations ont rapidement attiré l’œil des cadors européens.
Six mois après ses débuts professionnels, Chelsea sonne à la porte et pose 16,5 millions d’euros au mois d’août pour récupérer un nouveau jeune prometteur. Il restera une demi-année de plus dans son club formateur, et arrive à Londres en janvier 2025.
L’adaptation au football européen prend du temps, et Aaron Anselmino n’est pas épargné par les pépins physiques, éloigné 3 mois dès son arrivée pour une blessure au niveau de l’ischio. Il ne reçoit pas sa chance avec le groupe professionnel sur la fin de la saison 2024-2025, et comme beaucoup d’espoirs du club londonien, la case prêt est inévitable : Anselmino s’envole à l’été 2025 au Borussia Dortmund pour un an.

En Allemagne, le jeune argentin découvre peu à peu le rythme des championnats de haut niveau. Malgré de nouvelles blessures, il lance progressivement son aventure européenne , dans un club ayant toujours eu la réputation de donner leur chance aux jeunes joueurs.
Anselmino a la confiance de son coach, et évolue dans un environnement favorable à son développement. Il est régulièrement titulaire en championnat, et même par deux fois en Ligue des Champions.
Ses prestations sont convaincantes, et le défenseur central accumule dans l’expérience dans un club compétitif d’un grand championnat européen, découvre l’Europe, se fondant peu à peu dans le collectif des jaune et noir.
Les problèmes défensifs de Chelsea
Pendant qu’Aaron Anselmino progresse à Dortmund, la situation se complique à Chelsea.
Le mercato d’été est compliqué dans la gestion des dossiers défensifs. Si Renato Veiga pouvait prétendre à une place après son prêt réussi à la Juventus, son profil plaît sur le marché, et il est finalement vendu à Villareal. Aucune recrue d’envergure n’est réalisée au niveau de l’axe central, et la blessure pour l’entièreté de la saison de Levi Colwill n’arrange pas les choses.
Privés de leur patron défensif, les Blues composent tout au long de la première partie de saison. Les prestations de Tosin Adarabioyo ou de Trevoh Chalobah sont correctes, mais le club manque de profondeur.
Enzo Maresca était pourtant monté au créneau dès la mi-août, réclamant un défenseur central supplémentaire en s’appuyant sur le manque de qualités de Benoit Badiashile ou Wesley Fofana, mais ce renfort n’arrivera jamais. Malgré les moyens colossaux investis ces dernières années, Chelsea se prépare à disputer la saison 2025-2026 avec une défense expérimentale.

Frustré, en froid avec sa direction et en désaccord avec ses choix, le technicien italien est remercié au début du mois de janvier. Son remplaçant Liam Rosenior doit reprendre ce problème en main dès sa prise de fonction, car là se trouve l’un des grands axes d’amélioration du collectif londonien.
Des ajustements à l’hiver
Le début d’année 2026 marque le temps de la prise de conscience pour les dirigeants des Blues : dans une Premier League toujours plus compétitive et avec les tours à élimination directe de Ligue des Champions en ligne de mire, le matériel n’est pas suffisant en défense centrale, et Chelsea passe à l’action.
S’ils se positionnent un temps sur le dossier Jérémy Jacquet, les londoniens sont rapidement refroidis par les émoluments rennais, et décident de se replier sur leur propre vivier. Impressionnant à Strasbourg, Mamadou Sarr est rappelé de son prêt. Ayant déjà évolué sous les ordres de Rosenior et auteur d’une CAN très intéressante sur les derniers tours avec le Sénégal, Sarr passe à l’échelon supérieur du projet BlueCo pour venir directement renforcer l’axe central des Blues.
Alors que l’annonce en septembre du transfert d’Emmanuel Emegha vers Chelsea pour l’été 2026 avait déjà fait réagir, les supporters strasbourgeois sont à nouveau déçus, perdant au beau milieu de saison leur entraîneur et leur capitaine coup sur coup, sur décision de Chelsea.
Afin de rassurer leur club satellite, les dirigeants de BlueCo doivent rapidement trouver une solution, et celle-ci se nomme Aaron Anselmino.
À 10 jours de la clôture du mercato, l’Argentin est rappelé à son tour. Si les dirigeants du BVB peuvent être incriminés de ne pas avoir préparé cette possibilité en incluant une clause, cette décision n’en reste pas moins catastrophique pour le joueur.
Des conséquences inévitables
Car si Chelsea a agit dans son droit, la manière d’opérer peut poser question.
Rappelé à cause des problèmes défensifs du club auquel il appartient, Anselmino aurait pu espérer passer un échelon, mais la décision de rapatrier Mamadou Sarr en même temps lui a barré la route.
Solide et régulier en France, Sarr s’est imposé comme capitaine à Strasbourg, et ses débuts internationaux prometteurs sont venus confirmer qu’il pouvait devenir une référence à son poste. Il est donc logique qu’il reçoive sa chance dans un secteur en difficulté, à quelques mois de la Coupe du Monde.
Si Strasbourg peut s’estimer lésé de perdre en milieu de saison leur élément défensif le plus important, le choix de leur envoyer Anselmino pouvait être à même de calmer les tensions, mais est-ce à un autre joueur de payer les pots cassés de la gestion du club ?
Au BVB, le jeune défenseur commençait à trouver sa place. Malgré ses absences pour pépins physiques, Niko Kovac témoignait une grande confiance en lui :
« il a eu un peu de malchance, après ses très bons débuts, il a rencontré quelques problèmes. Il avait besoin d’un peu de temps, mais on peut compter sur ce jeune homme de la première à la dernière minute. Un super gars, mais aussi un super défenseur ».

Anselmino évoluait donc dans un environnement favorable à sa progression : temps de jeu régulier dans un club compétitif d’un championnat européen majeur, découverte de la Ligue des Champions, encadré par des joueurs d’expérience, … Le contexte allemand semblait cocher toutes les cases pour permettre à Anselmino de gagner en expérience.
Ce contexte, au-delà d’être positif pour le joueur, l’était aussi pour Chelsea, qui aurait pu récupérer à l’été un élément intéressant en défense centrale, déjà rôdé au haut niveau européen.
Mais les choix du board ne permettront pas cette évolution positive. Rappelé à la stupeur générale, Aaron Anselmino quitte Dortmund en pleurs à la fin du mois de janvier.
S’il aurait pu espérer que ce choix contraire à sa volonté lui permette de gagner du temps de jeu en Premier League, d’autant plus en connaissance de la place à se faire dans ce secteur, il n’en sera rien. Sacrifié par les choix de gestion de BlueCo, arraché à un contexte positif, Anselmino repart à zéro.
En Alsace, Mamadou Sarr revêtait une telle importance pour le collectif que le nouvel arrivé ne pourra pas le remplacer. Il devra se frotter à la concurrence d’autres promesses du football européen, mais surtout se réadapter à un nouvel environnement.
Le club et ses objectifs, le plan de jeu, le championnat, tout sera à réapprendre pour Aaron Anselmino sur les six prochains mois, alors même que ce travail avait déjà été fait à Dortmund.
Toutes les parties perdantes ?
La gestion du cas du défenseur argentin illustre parfaitement celle des jeunes joueurs par le groupe BlueCo. Arrivé en espérant s’imposer dans l’un des plus grands clubs du monde, Anselmino n’est finalement qu’une pièce insignifiante de la stratégie de ses patrons.
Au lieu de permettre à ses jeunes de progresser pas à pas, d’apprendre le football européen avec continuité et patience, Chelsea utilise ceux-ci comme de simples pions, faisant fi de l’importance du contexte pour un joueur en début de carrière.
Ces décisions, destructrices pour certains joueurs, ne jouent pas non plus en faveur du club, les éléments concernés étant constamment coupés dans leur progression.
Ces choix auront sans doute des conséquences sur leurs relations avec les autres clubs également. Le Borussia Dortmund, choqué de la décision de Chelsea, risque de se souvenir de ce manque de considération à l’avenir lorsqu’il faudra négocier avec les Blues.
Côté Strasbourg, si la multipropriété permet au club de compter en ses rangs certains joueurs qu’ils n’auraient pas su attirer autrement, la question de la considération est également de mise. En perdant coup sur coup son capitaine et son entraîneur, Strasbourg se trouve fragilisé en vue de la fin de saison.
Sans continuité, avec un effectif construit autour de joueurs prêtés, quelle continuité peut-on espérer pour le projet strasbourgeois ? Le Racing est-il condamné à survivre en fonction des choix de Chelsea ? Et en cas de départ de ceux-ci, comment reconstruire un projet cohérent ?
Toutes ces questions découlent de la gestion par le groupe BlueCo de ses avoirs. À considérer joueurs et clubs comme de simples éléments déplaçables, les dirigeants oublient que la réussite dans le football professionnel ne s’obtient que par la régularité. Si ces problèmes ne concernent pour l’instant que la progression des joueurs, les choix posés pourraient rapidement se retourner contre le projet Chelsea lui-même.
