OM : Les raisons du naufrage

Sèchement éliminé de la Ligue des Champions après la défaite 3-0 à Bruges, l’OM quitte une nouvelle fois la compétition par la petite porte.

Analyse des raisons de l’échec Marseillais.

Article écrit le 30-01-2026

Défait 3-0 en terres brugeoises mercredi soir et définitivement crucifié par le but de Trubin face au Real Madrid, l’Olympique de Marseille n’est pas parvenu à briser la malédiction, et échoue une nouvelle fois à accéder aux phases à éliminations directes de Ligue des Champions. Alors que dirigeants et supporters marseillais nourrissaient l’espoir d’un meilleur parcours, leur élimination ne peut pas s’expliquer uniquement par un but inscrit à Lisbonne lors de la dernière journée.

Tentons d’analyser les raisons plus profondes de l’échec de l’OM durant cette phase de ligue.

Parcours

La campagne européenne 2025-2026 avait démarré fort pour Roberto De Zerbi et les siens, avec en première journée un déplacement au Bernabeù. Malgré la défaite, le groupe phocéen avait démontré de très belles qualités face aux hommes de Xabi Alonso. Timothy Weah avait ouvert le score et les intentions de jeu avaient surtout donné confiance en un parcours solide, malgré la défaite. La victoire de la deuxième journée 4-0 face à l’Ajax avait conforté ce sentiment, les marseillais ayant été dominateurs tout au long du match face à un adversaire plus faible. Avant la troisième journée, l’OM était ainsi douzième de la phase de Ligue.

La fête était de mise face à l’Ajax

Malgré ce départ très encourageant, les choses se sont ensuite compliquées. Avec 4 défaites sur les 6 rencontres suivantes, dont les deux dernières sur un score de 3-0, il était très difficile d’imaginer une qualification marseillaise avec cette dynamique. Toute la confiance engrangée s’est rapidement évaporée avec les rencontres face au Sporting et à l’Atalanta, perdues au score, mais aussi à cause de faits de matchs ayant déstabilisé leur approche. Dans l’incapacité de rester concentrés durant ces phases litigieuses* (ajouter rouge Emerson et penalty refusé vs Atalanta), l’OM s’est mis en difficulté et ne compte que 3 points après 4 journées disputées. La victoire suivante contre Newcastle est solide et rassurante, mais celle à Bruxelles face à l’Union beaucoup moins – notamment sur les phases défensives – et le club ne parvient plus à terminer un match avec ses cages inviolées. 

Les deux dernières rencontres finiront de clouer le cercueil. Invisibles, impuissants, les marseillais n’y arrivent plus, concédant bien trop d’occasions, faisant bien trop d’erreurs, et ne pouvant plus compter sur le seul Mason Greenwood pour débloquer la situation. Si Marseille avait démarré son parcours de façon très encourageante, le club s’est écroulé au cours de la phase de ligue, laissant peu à peu le doute prendre la place de la confiance, pour conclure sur un nouvel échec cuisant. 

Leur parcours est d’autant plus décevant si l’on s’intéresse aux résultats des clubs qualifiés*(Ajouter cadre résultats des autres.). Hormis Benfica sauvé grâce au but miraculeux de Trubin, les trois clubs devant ont tous, malgré des défaites, su engranger des points cruciaux. Via des partages, en tenant le score quand il le fallait, ils ont su se démarquer, et verront le printemps européen. L’Olympique de Marseille est au contraire resté dans un schéma manichéen « victoire ou défaite », en difficulté tout au long de la compétition dans la gestion des temps faibles, et a perdu des points en cours de route. 

Instabilité

Alors, comment expliquer une telle chute de performance tout au long de la campagne ? Comment une équipe qui avait montré de vrais tours de force, peut-elle s’effondrer à ce point ? 

Le premier facteur de réponse se trouve du côté des équipes alignées. Lorsque l’on se penche sur les compositions proposées par le coach italien, aucune n’est identique d’un match à l’autre. Ce constat se vérifie aussi en Ligue 1 : les commentateurs Canal + annonçaient au soir de la rencontre à Bruges le 30e onze différent en autant de rencontres cette saison. 

Cette instabilité, nuisible au groupe, est d’abord structurelle. Avec un effectif chamboulé à l’été, avec pas moins de douze recrues, le groupe a du se recomposer, se reconstruire. 

Pourtant, les équipes alignées en début de parcours, performantes, ont peu à peu été remplacées par des systèmes inefficients. Il faut souligner que sur les douze transferts entrants de l’été, six l’ont été en prêt, avec option d’achat ou non. Ces arrivées, qui limitent le risque financier, peuvent induire des casses-têtes pour l’entraîneur, les différentes clauses négociées au moment de la signature et les engagements envers le club prêteur devant être respectés. 

L’instabilité induise par la construction d’effectif est un premier facteur explicatif, mais n’est pas le seule source du problème. Les choix de Roberto De Zerbi ont en effet pu poser question au cours de la campagne. À nouveau, il suffit de se pencher sur les compositions de chaque rencontre pour le comprendre. Les trop nombreux changements de système (5 en 8 matchs) et d’hommes ont conduit un bloc-équipe très intéressant en début de parcours à un manque criant d’automatismes, incapable sur les dernières rencontres de produire du jeu, survivant plus que jouant. 

Et au-delà encore de la fragilisation collective, cette approche a des conséquences sur les joueurs et leur confiance. Les exemples ne manquent pas, à l’image d’Arthur Vermeeren, mis en difficulté par les choix tactiques puis finalement exclu du onze, alors qu’il montrait de belles promesses en enchaînant les minutes. 

D’autres ont été alignés titulaires d’emblée dans les moments qui comptent, sans préparation, comme Daryl Bakola, pertinent face à Newcastle, mais aussi comme Amine Gouri, lancé dans le grand bain au moment où la qualification se jouait, alors qu’Aubameyang était l’un des joueurs les plus décisifs jusque là. 

Certains joueurs n’ont pas bénéficié de la continuité escomptée

La stabilité est l’un des facteurs les plus importants dans un parcours de Ligue des Champions. C’est en engrangeant les bonnes et moins bonnes prestations ensemble qu’un groupe se construit, développe des automatismes, se complète pour se perfectionner tout au long de la saison. Une hiérarchie claire a permis à de nombreux clubs de faire bonne figure, entrant en jeu sûrs de leurs forces. Ces notions n’ont pas existé au cours de la phase de ligue, et là est l’un des points centraux du naufrage marseillais. 

Tout découle de cette instabilité : résultats en chute libre, recrues en difficulté d’intégration, puis cadres eux-mêmes en difficulté, à l’image de Geronimo Rulli sur les deux dernières rencontres. Certes, l’OM aura subi des faits de jeu, certes De Zerbi n’avait jamais entraîné à ce niveau. Mais dans une compétition de ce calibre, la responsabilité première se doit d’être prise par ceux ayant installé cette instabilité. 

La prise de conscience à la sortie du match face à Bruges était réelle, mais sans doute tardive : 

Mehdi Benatia, directeur du football :

 « La vérité, c’est que la chose qu’il faut faire, c’est demander pardon. Demander pardon aux supporters, aux gens qui font des sacrifices pour ce club. J’espère que les joueurs sont conscients que c’est une faute professionnelle. J’ai perdu beaucoup de matches dans ma carrière, mais rarement, j’ai senti un sentiment de honte comme ça »

Roberto De Zerbi :

« Il faut faire un examen de conscience et se taire, tous. Quand tu perds un match comme ça, il y a de la honte. Il ne faut pas se cacher. Aujourd’hui il faut prendre ses responsabilités. Je ne sais pas ce qui va se passer et si ça peut conditionner la suite. Mais c’est un match trop raté, pour nous tous. On a joué une équipe forte, mais c’est Bruges. Et ils nous ont mis en difficulté. Ce manque de régularité est une constante. C’est trop évident, à tous points de vue. Donc c’est ma responsabilité. Mais est-ce que je peux régler ça tout seul ? J’ai rarement vécu ça. C’est une défaite terrible, sans excuse »

Quelle suite ?

L’élimination de cette Ligue des Champions au premier tour est assurément un point noir sur la saison marseillaise, mais celle-ci est encore longue. Le public du Vélodrome est impitoyable, et si l’équipe ne donne pas rapidement des raisons de se rassurer à ses supporters, la crise pourrait s’installer. 

En Ligue 1, l’OM est détaché du duo de tête Lens-PSG, mais pourrait refaire son retard, vainqueurs des parisiens sur la phase aller, et des Sang et Or il y a quelques semaines. Il leur faudra aussi se méfier des équipes derrière, l’OL étant sur une dynamique positive et ayant déjà battu les Phocéens. Pour réussir leur saison, une nouvelle qualification en Ligue des Champions semble être le minimum.

Toujours engagés en Coupe de France, ramener un trophée sur le Vieux Port pourrait être une belle manière de se faire pardonner par les supporters. Le dernier titre remporté datant de 2012, remplir à nouveau le musée du club serait un premier très bon cap franchi, et qui rendra à coup sûr confiance à tout un groupe. Mais pour y parvenir, la route est encore longue : la victoire face à Rennes était certes intéressante, mais l’Olympique de Marseille a démontré cette saison plus que jamais qu’une rencontre n’est pas une autre. Cet accomplissement renforcerait néanmoins la position de Roberto De Zerbi. Vivement critiqué à la suite de l’élimination, réussir là où tous ont échoué depuis 14 ans pourrait être sa revanche, et prouver qu’il est bien l’homme de la situation. 

Le futur peut donc encore être heureux pour l’Olympique de Marseille, mais la barre doit être redressée dès maintenant. La prise de conscience est une première étape, à Roberto De Zerbi et ses hommes de transformer la honte en rage de vaincre.