Les révélations de la CAN : Neil El-Aynaoui
Arrivé en sélection en septembre, Neil El-Aynaoui s’est déjà imposé dans le milieu de terrain des Lions de l’Atlas.
Analyse de l’intégration de l’ancien du RC Lens à l’équipe favorite de la CAN 2025.

Article écrit le 20-01-2026
Maroc – Milieu – 24 ans – AS Rome
Il était bien entendu impensable de parler des révélations de la CAN 2025 sans un passage par le Maroc. Le pays organisateur avait mis les petits plats dans les grands pour l’organisation de cet évènement, et l’équipe de Walid Regragui n’était pas moins reluisante.
Arrivés en pleine confiance pour cette CAN à domicile après leur demi-finale lors de la dernière Coupe du Monde et leur victoire en Coupe Arabe, le Maroc n’est finalement passé qu’à une panenka de Brahim Diaz de remporter le trophée tant convoité. Si le peuple marocain mettra sans doute longtemps à se remettre de cette finale, il pourra néanmoins être rassuré par l’équipe qui l’a atteint. Déjà très solides en 2022 au Qatar, les Lions de l’Atlas ont encore amélioré leur sélection, avec notamment de jeunes bi-nationaux séduits par le projet marocain.
Lui est né en France, et si le choix du Maroc était déjà tout fait, il n’est arrivé que récemment dans l’effectif, pour s’y imposer directement. Présentations aujourd’hui de Neil El-Aynaoui
Parcours
Né à Nancy, Neil El Aynaoui rejoint le centre de formation de l’ASNL très tôt, et y intègre le groupe professionnel en 2021. Après une saison d’adaptation en Ligue 2, la descente de son club formateur lui sera salvatrice. En National, il devient un titulaire indiscutable du onze nancéien, en portant même le brassard à partir du mois de février, et ses bonnes performances attirent l’œil du RC Lens, qui le récupère à l’été 2023 pour 600 000 euros. Un pari pour le milieu de 22 ans, qui passe ainsi directement du troisième échelon français, au premier.
Une prise de risque qui s’avèrera payante. Au vu du prix de son transfert et des autres sommes investies à son poste à l’été, le contexte n’est pas idéal pour faire son trou dans une équipe qualifiée en Ligue des Champions. Sa suspension de 5 matchs en début de saison n’arrange rien, mais sa prestation lors de la sixième journée face à Toulouse change la donne. Entré dans le dernier quart d’heure, il est à la récupération sur le but du 2-1, et offre aux siens leur première victoire de la saison. Un apport quasi-immédiat qui poussera Franck Haise à accorder sa confiance au milieu marocain, titulaire lors de la 12e journée face à l’OM pour ne plus quitter le onze. Il y découvre également la Ligue des Champions lors des 3 matchs de la phase retour et les barrages pour l’Europa League, malheureusement perdus face au SC Fribourg.
Il démontre dès ses débuts de grandes qualités de récupération. Aligné dans un double pivot accompagné d’un joueur au profil plus créatif, ou seul en pointe basse d’un milieu à trois, il brille de par sa lecture du jeu aiguisée en phase défensive, coupant les lignes de passe et efficace au duel. Sa capacité de projection rapide vers le ballon fait souvent des dégâts, tranchant sur les phases de transition rapides adverses, et venant bien souvent intercepter les passes longues pour maintenir son bloc-équipe a minima médian.
Une fois le ballon dans ses pieds, le marocain privilégie souvent un jeu court et sûr vers les joueurs à vocation offensive, bien que sa qualité de passe longue pour sortir du pressing soit aussi à souligner.
Une point de passage important est donc validé pour El Aynaoui dans le Nord, passé en une saison de joueur de National à titulaire en Ligue 1. Il découvre la reine des compétitions européennes, et monte en puissance tout au long de l’année pour se faire une place parmi les hommes de base de l’effectif lensois. Son premier exercice à ce niveau s’achève avec 31 rencontres disputées, pour 1 but et 4 passes décisives.

La saison suivante est donc logiquement celle de la confirmation. Si les blessures impactent la fin d’année 2024, le milieu marocain est titulaire indiscutable en Ligue 1 en 2025, et bien plus décisif. Il est notamment l’auteur de 4 contributions en autant de rencontres entre la fin du mois de février et la mi-mars, et termine sa deuxième année à Lens avec 8 buts personnels. Dans une équipe affaiblie, ayant perdu certains de ses cadres à l’hiver, l’ancien capitaine de Nancy saisit sa chance, et devient l’un des patrons du groupe. Aligné sensiblement au même poste avec Will Still que sous Franck Haise, il prend ses responsabilités, notamment offensives. Dans une saison lensoise sans coupe d’Europe, il progresse sous son nouveau statut, et étoffe sa palette technique.
Avec ces deux saisons solides, Neil El Aynaoui est courtisé en Europe. L’AS Rome, convaincue par son profil, débourse 23,5 millions début juillet pour convaincre Lens de lâcher son milieu défensif. Beau coup financier des Sang et Or, qui récupèrent près de 40 fois leur mise initiale en deux saisons.

L’exercice 2025-2026 à l’AS Roma est une saison d’adaptation. À un nouveau championnat déjà, mais aussi à un nouveau club, avec ses propres objectifs. Sous la houlette de Gasperini, il évolue sensiblement dans le même système qu’à Lens (3-4-2-1, 3-4-3, 3-2-4-1, …). Lui est aligné devant la défense, associé à un partenaire dans un double pivot, poste où il a toujours livré ses meilleures prestations. À ce poste, ses capacités défensives sont parfaitement utilisées. Le jeu face à lui, il peut également choisir l’option de relance la plus adaptée. Associé par exemple à Manu Koné, la relation est complémentaire dans cet entrejeu travailleur.
Malgré un système connu, l’apprentissage de la Serie A ne se fait pas en quelques semaines, et l’apprentissage principal se trouve dans l’aspect tactique. L’acclimatation est positive mais progressive, et malgré un temps de jeu disparate en championnat, Gasperini témoigne sa confiance au joueur arrivé cet été en lui offrant une place de titulaire en Ligue Europa. Avant la CAN, il avait disputé 100% des minutes possibles dans cette compétition, lui permettant de s’adapter progressivement en démontrant toutes ses qualités, pour s‘intégrer de mieux en mieux à cet effectif romain.
Interrogé sur l’apport d’El Aynaoui depuis son arrivée, un supporter romain nous écrit ceci :
« J’attend la suite de la saison pour pouvoir rendre un avis éclairé, car Gasperini ne l’a pas beaucoup utilisé jusqu’en décembre, mais il me semble de mieux en mieux intégré.
Personnellement, c’est vraiment le type de joueurs que j’aime. Tantôt haut, tantôt bas, son profil permet de faire jouer Bryan Cristante plus bas, ou même de se passer de lui, car l’association avec Manu Koné est très efficace.
J’ai plutôt un avis positif, même si j’espère le voir plus dans les prochains matchs. »
Carrière internationale
La carrière de Neil El Aynaoui depuis ses débuts à Nancy est donc une histoire de progression, validant chaque saison un nouveau point de passage pour se faire un nom dans le football européen.
Cette ascension constante n’a bien sûr pas échappé à Walid Regragui, qui la récompense en septembre 2025 par sa première convocation en équipe nationale marocaine. À un poste occupé par Sofian Amrabat à la Coupe du Monde 2022, El Aynaoui apporte un profil différent, et se fait rapidement une place de choix chez les Lions de l’Atlas. Peu de joueurs peuvent se vanter de son bilan depuis son arrivée en sélection : depuis ses débuts face au Niger en septembre, il a disputé toutes les minutes de jeu possibles et mieux encore : avant la finale de CAN face au Sénégal, Neil El Aynaoui n’avait jamais connu la défaite avec son équipe nationale. Encore une fois, le milieu démontre toute sa capacité d’adaptation à un nouveau contexte, et le prouve à son sélectionneur.
La CAN 2025, organisée chez eux, devait être la compétition de cette équipe marocaine. Grandissime favori, chacun d’entre nous a vibré devant leurs rencontres, cette équipe démontrant tout au long de leur parcours une grande domination, eux qui visaient son premier titre continental depuis 1976. La suite est connue, mais l’intégration d’El Aynaoui à cette équipe est intéressante à analyser, car elle témoigne des évolutions tactiques ayant eu lieu au cours du tournoi.

Le poste de numéro 6 étant toujours occupé par Sofian Amrabat durant les deux premiers matchs, El Aynaoui était utilisé dans un rôle plus hybride. Agressif en premier rideau défensif, avec des responsabilités offensives plus importantes en phase de possession, il démontre de belles qualités aux côtés d’Azzedine Ounahi en match d’ouverture, mais la prestation collective très moyenne face au Mali pousse Regragui au changement.
Pour la troisième rencontre de poules, le sélectionneur fait reculer Ismaël Saibari dans le milieu en pointe haute, El Aynaoui récupérant un rôle plus défensif, dans un trident complété par un Ounahi toujours pertinent en sélection. Cet entrejeu remanié permet au Maroc de diversifier les sources de danger offensif, et équilibre le bloc-équipe au global.
Les Lions de l’Atlas semblent alors avoir trouvé leur formule, mais l’annonce du forfait d’Ounahi jusqu’à la fin de la compétition avant le huitième de finale face à la Tanzanie force un nouveau remaniement.
Pour cette entrée dans les phases à élimination directe, Regragui opte donc pour un entrejeu à pointe basse. El Khanouss remplace numériquement Ounahi, mais le système est bien différent. Avec deux milieux à tendance offensive sur le terrain, le jeu marocain est plus fluide, moins positionnel. Leur apport dans les demi espaces est facteur de danger, et la présence d’un 6 de contrôle permet aux latéraux des mouvements offensifs plus aboutis. El Aynaoui est donc ce 6, son profil étant plus complet que celui d’Amrabat. Il évolue dans un rôle axial reculé, destiné à agresser le porteur en phase de transition, et coupant les lignes de passes efficacement derrière.



Le Maroc aura pris le temps de trouver la bonne formule au milieu
Face au Cameroun en quarts, c’est donc cette animation qui est proposée, et le Maroc y démontre sa supériorité. Face à des Lions Indomptables qu’il ne faut jamais sous-estimer, la performance défensive marocaine est au-dessus du lot. Les qualités entrevues en huitièmes face à la Tanzanie sont reproduites, et le pays-hôte étouffe son adversaire sous la pression. Les sorties hautes du bloc collectif permettent de nombreuses récupérations hautes, et le Cameroun ne s’en sort pas face à l’agressivité marocaine.
Les profils créatifs alignés dans l’entre-jeu ne manquent pas de générosité défensive, et l’entièreté du collectif semble ce soir-là réglé comme un seul homme. Dans cette prestation aboutie, El Aynaoui réalise son match-référence en sélection. Ses sorties hautes permettent de maintenir le bloc offensif, et l’on voit le numéro 24 moins fixé dans l’axe, n’hésitant pas à dézoner sur certaines phases.
Le milieu de la Roma est partout à la récupération, une pieuvre dont les tentacules viennent couper les élans offensifs adverses. Dans son duel avec Carlos Baleba, El Aynaoui sort grand gagnant, et Bryan Mbeumo subit le même sort, souvent victime de prises à deux, isolé, impuissant.
Le même type de prestation est reproduit en demi-finale. Véritable base de lancement des siens, Alex Iwobi n’a pas la possibilité de créer du jeu, étouffé lui aussi par l’activité marocaine. Lookman ne s’en sort pas mieux, et le collectif nigérian si impressionnant face à l’Algérie sort par la petite porte, eux aussi asphyxiés sous le pressing des Lions de l’Atlas. Pour illustrer ce propos : les deux joueurs cités ici ont remporté au total 4 duels, sur 18 disputés, preuve s’il en fallait de leur incapacité à s’imposer dans l’entre-jeu.
Si le scénario de la finale est bien connu de tous, avec ce sacre sénégalais au bout du suspense dont les supporters marocains feront encore sans doute de mauvais rêves pendant de longues années, cela n’enlève rien au parcours exceptionnel de cette équipe marocaine. Invaincus jusqu’à cette finale et portés par des individualités fortes, cette sélection a démontré que le dernier carré de la dernière Coupe du Monde n’était pas le fruit du hasard. Missionnés pour enfin reprendre le trophée continental, cette défaite n’est pas un aveu d’échec, mais une déclaration d’intentions. Les joueurs de Regragui ont imposé leur force en Afrique, et reviendront sans doute d’autant plus affamés pour la suite.
La fougue de la jeunesse, encadrée par l’expérience de joueurs comme Bounou, El Kaabi ou Aguerd, et emmenée par un sélectionneur plein d’ambitions : voilà le tableau proposé par le Maroc. Le pays a démontré qu’il pouvait endosser le costume de favori, et a fait évoluer son approche tactique au fil de l’adversité.
Quelle suite pour lui ?
Sélectionné seulement depuis le mois de septembre, El Aynaoui a su se rendre indispensable à ce collectif. Titulaire indiscutable depuis son arrivée en équipe nationale, cette CAN semble lui avoir permis de se fixer à son meilleur poste. En pointe basse de ce nouveau milieu à trois, il apporte la sérénité et l’équilibre nécessaire à l’incroyable débauche d’énergie des siens. Avec ce joueur, le Maroc passe un cap, et avec son pays, El Aynaoui valide un nouveau pallier de carrière.
Depuis ses débuts à Nancy, le milieu défensif ne cesse de passer les étapes. Arrivé en Ligue 1 depuis le National, il lui aura fallu moins de deux saisons pour s’imposer comme titulaire indiscutable au milieu, avant de s’envoler pour un club et un championnat représentant un nouveau défi. Dans ce contexte inconnu, s’il prend encore ses marques, personne à Rome ne doute de son intégration. Son apport en sélection est désormais primordial, et les Lions de l’Atlas auront encore cet été l’occasion d’impressionner la planète foot. À la fin de sa première saison en Serie A, El Aynaoui pourra y valider une étape de carrière supplémentaire.
Avec une progression si fluide, difficile de savoir où s’arrêtera le milieu marocain. Le monde du football est prévenu : attention à Neil El-Aynaoui au cours des prochaines saisons.
